COMEDIAN HARMONISTS – Les Harmonistes

L’histoire, en deux parties, d’un excellent sextuor de joyeux drilles (cinq chanteurs et un pianiste) fondé à Berlin en 1927. Les débuts, le succès, puis l’ostracisme hitlérien que connut cette formation (deux membres non-juifs du groupe ayant été considérés comme « enjuivés » par leur mariage avec des juives), en disent autant sur l’âme humaine que sur les contractions d’un siècle qui allait accoucher du pire: le nazisme. Fondé sur des entretiens avec les survivants du groupe ou leurs veuves, ce film bénéficie d’un montage musical, à la fois virtuose et sensible.


L’avis d’IMAJ, par Jack Mener

Reconstitution historique de la carrière brillante, brutalement interrompue par la montée du nazisme, du célèbre sextette vocal berlinois de music hall « Comedian Hamonists ». Constitué en 1927 à l’initiative de Harry Frommerman, le groupe rêvait de rivaliser avec les formations de jazz en vogue de l’époque aux Etats-Unis comme les Revellers.
Grâce à leur harmonieux synchronisme, à l’originalité de leurs arrangements et à leur style syncopé, ils s’imposèrent vite comme le meilleur ensemble vocal de l’Allemagne de Weimar et même du monde. Leurs textes légers, souvent coquins, leurs mélodies entraînantes de jazz, rumba ou tango, en firent la coqueluche du grand public.
Joseph Vilsmaier décrit leurs tâtonnements, leurs trouvailles, leurs rapports d’amitié et de rivalité amoureuse avec une application souvent pesante. Dans une mise en scène fastueuse, les morceaux de bravoure sont toutefois nombreux et même souvent captivants (les numéros de scène chantants mimés et dansés, leur célèbre air « C’est nous les gars de la marine » sur le pont de l’imposant S.S. Saratoga, le départ en train à vapeur dans le décor reconstitué de la gare de Berlin). L’émotion atteint son comble, après les premiers rebuffades et persécutions essuyées de la part de nazis zélés, lorsque les six chanteurs dont trois étaient juifs, sont contraints en 1935 de donner leur dernière représentation qui s’achève en standing ovation. Vilsmaier n’est pas le premier à évoquer comment le swinging Berlin fut broyé par la machine hitlérienne. Il a le mérite d’avoir su retrouver et retravailler les enregistrements originaux sur disque du groupe pour les recréer soixante ans après par ses acteurs, même si le synchronisme n’est pas parfait. Loin du génie de Chaplin dans Le Dictateur ou du pétillant Cabaret de Bob Fosse, Comedian Harmonists, comme la bière l’est au champagne, a au moins le don de nous rafraîchir…la mémoire.

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