LE CHAGRIN ET LA PITIE

En traîtant le portrait de la France sous l’Occupation, avec ses ombres et ses lâchetés, ses salauds et ses véritables héros, le film fait oeuvre de salut public et arrive à point nommé pour casser quelques idées reçues sur Vichy et inspirer quelques révisions nécessaires.
Chronique d’une ville sous l’occupation : Clermond Ferrand.
Mélange d’images d’actualités et d’interviews.
Interviews Pierre Mendès France, Jacques Duclos, Anthony Eden, Le comte de Chambrun, soldats, dignitaires nazis, résistants, commerçants.


L’avis d’IMAJ, par Jack Mener

Plus de 40 ans après son tournage en 1968, ce documentaire de plus de 4 heures en noir et blanc sur la vie à Clermont-Ferrand sous l’Occupation nazie de 1940 à 1944, n’a pas pris une ride. Il dévoilait pour la premiïère foisà l’écran, un miroir sans fard d’une France abusivement présentée jusque-là comme héroïque et résistante. En réalité, on sait que sa population fut majoritairement soumise sinon complice du choix du Maréchal Pétain et de son gouvernement de Vichy de collaborer étroitement avec la domination fasciste de Hitler.
Le titre de ce film devenu culte est inspiré d’une question posée au pharmacien Marcel Verdier :  » Dans la résistance, il y a-t-il eu autre chose que le courage ?  »  » Oui, répond-il, il y a eu le chagrin et la pitié. « Le film, divisé en deux époques (l’effondrement. Le choix), interviewe, peu après les soulèvements de mai 1968 et à la veille de la campagne pésidentielle qui devait confirmer le Général de Gaulle à la tête de l’Etat, une trentaine de témoins ayant survécu à l’époque troublée de l’Occupation. Anciens ministres et hauts responsables (Georges Bidault, Jacques Duclos, Anthony Eden, Pierre Mendès-France) chefs de la résistance (Emmanuel d’Astier de la Vigerie) mais aussi de simples citoyens résistants (les frères Grave, agriculteurs) ou pétainistes (le PDG de l’usine Salamander, la coiffeuse Solange, des volontaires français aux Waffen SS de la Division Charlemagne (Christian de la Maizi�re), des avocats, des anciens officiers allemands, des journalistes, des artistes (Maurice Chevalier, des sportifs (Raphaël Geminiani) et bien d’autres.
Le mérite principal de Marcel Ophuls et de son scénariste André Harris, est d’avoir su mettre leurs interlocuteurs en confiance pour leur faire exprimer à chacun sa vérité sur cette guerre tragique qui provoqua plus de 40 millions de morts en Europe. Tous ou presque, donnent, face à la caméra, mieux que devant un tribunal, le sentiment de témoigner devant l’Histoire.
Les bandes d’actualités de l’époque apportent leur indispensable complément d’information : le tour de Paris, envahi par Hitler et ses généraux au matin du 14 juin 1940, les délires de la propagande nazie, le désarroi des populations bombardées, les saluts hitlériens de milliers de Français ovationnant Pétain au balcon, la rafle du Vel-d’Hiv et l’envoi de 4.000 enfants juifs à Auschwitz sur l’ordre de Pierre Laval, les extraits de films outrancièrement antisémites, bref, tout ce que la France du héros de Gaulle avait voulu oublier après la Libération et que Le Chagrin et la Pitié nous remet honnêtement en mémoire.
Curiosité à signaler : c’est Simone Veil, alors au Conseil d’administration de l’ORTF qui s’opposa pour des raisons financières et de pertinence, à la diffusion du film à la télévision française où on ne le vit qu’en 1981, hormis en 1971 dans une petite salle à Paris où il tint l’affiche pendant un record de 87 semaines.
Documentaire – Seconde Guerre mondiale Occupation nazie Collaboration – Résistance – Propagande nazie – Antisémitisme et racisme – Pétain et Laval – Régime de Vichy – Déportation.