NIRGENDWO IN AFRIKA – Nowhere in Africa

En 1938, une famille juive, les Redlich, quitte l’Allemagne et s’exile au Kenya. Walter Redlich, troque sa carrière d’avocat contre une place de gardien de ferme. Sa femme, Jettel, s’adapte mal à leur nouvelle vie alors que leur fille, Regina, apprend la langue locale et se lie d’amitié avec leur cuisinier, Owuor. Le déracinement et la guerre fragiliseront le couple déjà mis en péril par un mode de vie qui n’est pas le sien…


L’avis d’IMAJ, par Béatrice Godlewicz

Oscar du meilleur film étranger en 2003, Nowhere in Africa présente un aspect plutôt rarement développé de la deuxième guerre mondiale : l’exil et le déracinement d’une famille juive.
Le film est une adaptation du roman autobiographique de Stéphanie Zweig  » Une enfance africaine ».
Un avocat d’une bonne famille juive berlinoise, qui ne peut plus exercer son métier en raison des lois antisémites, s’exile au Kenya en 1938. Il y fait venir sa femme et sa fille. La jeune et jolie épouse qui ne voulait quitter ni sa famille ni l’Allemagne, se laisse pourtant convaincre par son père de suivre son mari sur cette terre inconnue. Après un long voyage en bateau, elle découvre la rudesse de leur nouvelle vie et s’accoutume mal au nouveau statut de fermier de son mari. Alors que leur fille s’ouvre à la langue et s’attache à de nouvelles amitiés avec des africains, la jeune femme connaît des moments difficiles qui ébranlent la vie du couple.
Le film réalisé par Caroline Link a suscité une reconnaissance internationale et a permis au livre de Stéphanie Zweig d’obtenir plus de 5 millions les lecteurs.
On y découvre certains faits méconnus, notamment l’implication de la colonie britannique du Kenya dans la Seconde Guerre mondiale suite à la déclaration de guerre à l’Allemagne nazie par l’Empire britannique en septembre 1939.

La tranquillité des quelques centaines d’Allemands sur cette terre de refuge, dont beaucoup d’entre eux sont Juifs, sera de courte durée. Les hommes sont internés au camp de Ngong, les femmes et les enfants cantonnés dans des hôtels de Nairobi où, si l’on en croit le film, la vie s’écoulait bien doucement.
Du côté des Blancs qui vivent des conflits même sur ce territoire éloigné de l’Europe, le film dépeint une Afrique idéalisée avec des Africains assimilables au bon sauvage rousseauiste et toute la nostalgie de l’auteure sur cette période de sa vie au Kenya au milieu de paysages le plus souvent de toute beauté.
Les Redlich du film vivent éloignés de la vie juive malgré une tentative d’un de leurs amis de mettre un peu de tradition dans leur quotidien. Ils semblent être indifférents à leur judéité sauf quand les nouvelles arrivent, nouvelles qui annoncent la mort des leurs.
Le film s’arrête au moment où le père de l’auteure décide de retourner en Allemagne en 1947. Choix étonnant, expliqué dans le film par son envie de retrouver son statut d’avocat et de reconstruire l’Allemagne tandis que sa femme s’est, elle, entre temps magnifiquement adaptée à sa vie au Kenya.
Malgré la perte des leurs durant la Shoah, le film se regarde comme une belle aventure d’un couple, suscitée par la deuxième guerre mondiale. Cette légèreté contraste avec le poids de l’Histoire mais correspond sans doute au vécu de certains exilés.
Stéphanie Zweig a écrit d’autres romans autobiographiques. Elle est décédée en 2014. Pour ceux qui souhaitent en savoir plus, une étude « Stefanie Zweig et l’exil juif au Kenya sous le Troisième Reich » a été rédigée par Lucile Bourcet-Salenson parue aux éditions Harmattan en 2008.

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