BELZEC

Douloureux et singulier est le premier long-métrage de Guillaume Moscovitz, Belzec. Présenté en clôture de la semaine de la critique à la Mostra de Venise 2005, ce film dresse, au travers de seuls témoignages, le portrait d’un camp d’extermination duquel il n’y eut aucun survivant ou presque.

Car Belzec, c’est le nom d’un des trois camps de l’Aktion Reinhard qui ne devaient servir qu’à la seule fin de tuer. Tuer en masse. Il y eut Belzec, le premier, sorte de camp expérimental. Suivirent Treblinka (750 000 morts) et Sobibor (250 000 morts) ; des révoltes menées par des déportés troublèrent l’entreprise nazie en ces lieux.

Le nom de Belzec reste peu évocateur. Et pourtant, il fut, en termes de « rendement » meurtrier, le plus terrible de tous les camps : au moins 600 000 morts en quelques mois, pour une poignée de survivants – dont seuls deux ont témoigné. Cette pénurie de revenants explique probablement la méconnaissance du public à l’endroit de ce camp…


L’avis d’IMAJ, par Adolphe Nysenholc

Belzec, le camp oublié. Plus de 600.000 morts. Le crime était presque parfait. Le cinéaste Moscovitz l’a reconstitué. Une enquête patiente met au jour le meurtre de masse dont les assassins se sont évertués à effacer les traces. Ce fut un camp d’extermination totale : après avoir supprimé les vies, on a tué leur mort. Les nazis ont déterré les corps, les ont brûlés, ont broyé les os dont ils ont répandu la poudre dans le sable, ont rasé le camp, et planté des arbres sur les chambres à gaz. Ce fut la solution finale. Les Juifs ne devaient plus vivre, ils n’auraient même jamais existé. Le film montre que le négationnisme est au cœur du crime contre l’humanité. Sur le terrain, on ne voit quasi rien. Mais le camp se trouve au fond des consciences des anciens du village qui ont tout vu et le cinéaste le fait apparaître dans leurs paroles et leur silence comme l’image d’une photo qui émerge peu à peu dans un bain révélateur. L’art de ce film lutte contre la destruction de la mémoire.
« Un documentaire maîtrisé, émouvant, salutaire » (Antoine Perraud, Télérama)

Un beau travail de mémoire. Chaque plan contient une métaphore. Le premier témoin efface du pied le plan du camp qu’il vient de tracer dans la poussière du chemin, craignant de laisser la preuve qu’il ait parlé. La femme du deuxième balaie les feuilles mortes de sa pelouse pendant que son mari évoque le terrible passé, comme si elle voulait chasser les mauvais souvenirs et faire disparaître toute trace elle aussi. En revanche, un paysan a peint un tableau naïf du camp, qui est le puzzle où les éléments recueillis se mettent en place. Et l’enfant cachée non loin du camp, seule survivante juive de ce lieu, qui a passé près de deux ans dans un trou où elle ne pouvait ni s’allonger ni se mettre debout, mais où elle ne pouvait échapper aux odeurs des bûchers, est filmée dans l’obscurité en plan serré, comme si elle y était toujours enfermée : elle est comme la conscience vivante des morts.

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