ENFANTS CACHES EN BELGIQUE PENDANT LA SHOAH. LE FILM DE LA CONFERENCE DE JERUSALEM, 2007. LES PORTEURS DE BAGAGES

En avril 2007, plus de 300 de ces « enfants cachés en Belgique  » sont venus du monde entier pour se retrouver à Jérusalem, afin de partager durant une semaine, leurs expériences et leurs émotions, en présence de spécialistes et de personnalités. Ce film est en deux parties, la première partie retrace les moments forts de ce congrès exceptionnel, la deuxième partie, « Les Porteurs de Bagages », propose une synthèse des sujets historiques et psychologiques abordés tout au long de cette conférence, par des experts renommés tant de l’histoire de la Shoah que de la problématique des « enfants cachés », dans ce contexte plus spécifique de la Belgique.


L’avis d’IMAJ, par Adolphe Nysenholc

Le documentaire dévoile le vécu des enfants cachés, selon l’évolution des événements qui les a chargés chaque fois d’un nouveau bagage : port de l’étoile, interdiction d’aller à l’école, séparation d’avec les parents, cache, vie dans les homes de l’après-guerre, relation avec les enfants de la deuxième génération.

Chaque étape est symbolisée par des personnalités-clefs. Apparaît d’abord le couple Perelman, pionnier dans le sauvetage des enfants, puis le couple Jospa fondateur du Comité de Défense des Juifs, ensuite Andrée Geulen seule survivante de la section enfance de ce CDJ, honorée dans une séquence émouvante au Yad Vashem, enfin Siegi Hirsch qui, – en directeur charismatique des homes de l’AIVG, où il acquiert une expérience exceptionnelle des orphelins de la Shoah, – a dans sa manche un witz salvateur (un mot d’esprit) pour toute circonstance, comme d’autres citent des proverbes. C’est ce dernier qui qualifie les enfants cachés de « porteurs de bagages ».

On est fort sensible, durant le visionnement, au choix des paroles significatives, extraites « au laser » des discours de ceux qui témoignent avec force. Chaque parole porte et fait avancer la narration selon une ligne claire. Que ce soit celle de l’historien (Maxime Steinberg) ou du psychologue (Marcel Frydman), celle de la fille des Perelman (Noémie Mattis) ou de l’enfant d’un enfant caché (Sasha Goldsztein).

On goûte aussi, sur le plan visuel, l’insertion en contrepoint de documents qui viennent illustrer de manière singulièrement imagée les séquences. Photos d’époque ; carnets (sortis comme des miraculés de la guerre) où étaient consignés les noms, les faux noms, les codes secrets, les adresses des caches des enfants placés par le CDJ ; extraits encore de films super 8 des homes de l’AIVG ou flashes d’une captation de Mère de guerre et autres.

L’enchaînement des images projetées semble couler de source grâce à un art consommé du montage.

Ce documentaire redonne la dignité à chacun. Ceux à qui on a fait honte jadis de ce qu’ils étaient ne doivent plus se cacher. Ils peuvent être fiers, ils parlent enfin au grand jour. Un film les montre en pleine lumière, déchargés du poids du silence. Les porteurs ont déposé leurs paquets. Un moment, légers comme les images.

Adolphe Nysenholc

Enfants cachés – Comité de Défense des Juifs – orphelinats de l’AIVG