DIE FÄLSCHER – Les Faussaires

Berlin, 1936. Salomon Sorowitsch est le roi des faussaires, expert en billets de banque. Juif sous l’Allemagne nazie, il est arrêté et interné dans le camp de Sachsenhausen où se trame l’Opération Bernhard. Les nazis souhaitent en effet affaiblir l’économie des alliés grâce à des Juifs experts en fausse monnaie, chargés de fabriquer à grande échelle des devises étrangères. Si leur travail n’est pas couronné de succès, les faux monnayeurs seront effectués. Il ne s’agit plus de sauver sa peau à tout prix mais d’interroger sa conscience.


L’avis d’IMAJ, par Agnès Bensimon

Ce film aborde un épisode méconnu de la Seconde Guerre mondiale : l’opération « Bernhard » ou la contrefaçon de monnaies anglaise et américaine orchestrée par les nazis et exécutée par des Juifs imprimeurs, typographes, illustrateurs, dans un atelier secret du camp de Sachsenhausen. Entre 1942 et 1945, cent quarante prisonniers fabriquèrent ainsi plus de 130 millions de fausses livres sterling. Destinées à couler l’économie britannique, elles finirent en mai 1945 au fond d’un lac autrichien.

Salomon Sorowitsch (Karl Markovics) aime faire la fête dans les cabarets à la mode du Berlin des années 30 et mener grand train vie, En bon faussaire qu’il est, il se fabrique lui-même l’argent dont il a besoin. Cette manne inépuisable d’argent liquide lui fait croire qu’il est intouchable. Mais les nazis vont lui rappeler douloureusement qu’il est Juif. Arrêté par la Gestapo, le faux-monnayeur est déporté, dès 1939, à Mauthausen avant d’être finalement transféré au camp de concentration de Sachsenhausen. Là, il intègre une unité spéciale composée d’imprimeurs, de graveurs et de typographes, correctement logés et nourris, habillés de vêtements propres (provenant de déportés gazés), hermétiquement isolés des autres prisonniers dont le sort est inhumain.

Ces spécialistes forment la clé de voûte de l’opération « Bernhard », un plan conçu par les services secrets allemands pour gangrener les systèmes économiques des Alliés. Artiste hors pair dans l’art de la contrefaçon, Salomon est placé d’office à la tête de l’équipe des faussaires. Pour le commandant du camp (Devid Striesow), le marché est simple, soit ils réussissent à fabriquer de fausses livres sterling et de faux dollars indétectables, soit ils sont exécutés. Ces hommes sont confrontés à un horrible dilemme car sauver leur peau signifie qu’ils acceptent de fournir aux Allemands les moyens de gagner la guerre. Les prisonniers vont alors faire leur possible pour retarder les choses.

Le cinéaste allemand Stefan Ruzowitzky parvient à donner une vision plus réaliste des camps de concentration que les habituelles productions américaines. Si sa mise en scène est parfois alourdie par une musique pesante et par un épilogue ridicule, les acteurs apportent une inestimable touche d’authenticité au récit. Karl Markovics, en prêtant son physique torturé au personnage de Salomon Sorowitsch, dessine avec intensité le portrait d’un homme chez qui le bien et le mal sont suffisamment équilibrés pour qu’il puisse survivre sans perdre son âme. Mais pas sans la culpabilité de s’en être sorti. Tout en évitant l’écueil de la morale facile, ce film plonge dans l’horreur pour faire ressortir avec force des moments d’humanité, de solidarité et de courage.