AMERICA AMERICA

America America […] est l’histoire d’un voyage. Le garçon progresse en dépit d’obstacles fantastiques, absurdes, écrasants. Il part de son village natal en Asie Mineure pour arriver dans le port de New York. L’année est 1886. L’Amérique est un rêve, une rumeur. Il connaît toutes sortes d’aventures, d’épreuves, de revers de fortune. Dans l’intérieur de la Turquie, dans le port de Constantinople (aujourd’hui Istanbul) et même sur le bateau qui fait la traversée jusqu’ici, le voyage semble impossible. La clé du personnage […] c’était la ténacité, l’obstination, l’énergie.


L’avis d’IMAJ, par Adolphe Nysenholc

Ce film est une vibrante évocation du martyre arménien sous le régime ottoman. Certes le héros du film est le Grec Stavros. Mais il a comme premier camarade, Vartan, un Arménien tué lors d’un pogrom contre sa communauté en prière dans l’église à laquelle les Turcs ont bouté le feu.
Le film démonte le mécanisme du génocide. On prétexte d’une banque de Constantinople incendiée par des Arméniens (cela fait penser à l’incendie ultérieur du Reichstag). S’en répand la calomnie par la rumeur qui les stigmatise (cf. plus tard la propagande mensongère de Goebbels). Puis sont libérés de prison des criminels pour perpétrer le massacre (comme les kapos des camps nazis, souvent des droits communs sortis des pénitenciers pour effectuer les basses oeuvres).
La disparition brutale de son ami arménien, assassiné lors de la tuerie collective, va motiver le jeune Stavros à s’émanciper de ce régime de terreur. Il fera tout pour atteindre les Etats-Unis qu’il fantasme comme sa terre de salut. Le film sera le récit picaresque de ce jeune homme qui cherche à s’échapper de son Anatolie natale opprimée. Au long de son cheminement plein d’épreuves vers la liberté, il se retrouve, à chaque rencontre, piégé dans un rapport cruel de maître et d’esclave qui l’éloigne de son rêve : volé dans les montagnes par un escroc qui le domine et l’humilie, exploité comme coolie au port de Constantinople, fiancé à une riche héritière à laquelle il ne veut pas rester enchaîné, amant d’une Américaine sur le bateau en rade de la baie de New York et haï par l’époux fortuné, qui, criant vengeance dans sa cabine de première classe, risque de faire échouer tout le projet d’entrer aux States, si près du but…
Mais il sera sauvé, grâce à un nouvel ami Arménien, Hohanness, qui se sacrifie en lui laissant ses papiers. En effet, ce dernier, tuberculeux, sachant qu’il n’a aucune chance de passer le contrôle sanitaire à Long Island, se suicide, en se jetant par-dessus bord. Stavros, le Grec, qui était menacé d’être renvoyé en Turquie par le mari jaloux, peut ainsi entrer aux Etats-Unis avec l’identité de l’Arménien mort. Et il fera venir en Amérique tous les membres de sa famille, un par un. C’est l’histoire de l’oncle d’Elia Kazan. Un film-phare sur l’immigration par le cinéaste de grands films sociaux comme A l’Est d’Eden ou Sur les quais.
Le scénario est réalisé avec des images d’une grande beauté (voir les plans d’ensemble des paysages et les gros plans des visages) et d’une grande force dans la mise en scène des passions. Du Kazan à la énième puissance.