TUEZ LES TOUS

D’avril à juillet 1994, un million de Tutsis sont massacrés au Rwanda par leurs compatriotes Hutus. Les causes de ce génocide prennent leur source dans la colonisation qui stigmatise une opposition entre deux castes sur de pseudo-scientifiques bases raciales. Le colonisateur s’appuiera sur la classe Tutsi puis par la suite sur celle des Hutus, majoritaires.

Sur le plan international, le Rwanda se situe à la limite de la zone d’influence française, placé entre le Zaïre et l’Ouganda qui est anglophone. Ce dernier soutient le Front patriotique rwandais (FPR), mouvement Tutsi qui cherche à renverser la dictature de Juvénal Habyarimana.

C’est à l’aube d’une grave crise économique que le pouvoir en place, incapable de faire face et menacé par le FPR, entame une campagne hostile à l’égard de la minorité Tutsi. Son ampleur le dépasse et l’assassinat du président Habyarimana déclenche le génocide.

L’ONU qui vient de traverser de graves difficultés en Somalie, se retire du Rwanda sans s’interposer entre les parties. La France a un rôle assez obscur dans ces événements. Elle soutient Habyarimana jusqu’à son assassinat et reconnaîtra le gouvernement provisoire férocement génocidaire qui le suivra. L’envoi successif des troupes avant et pendant le génocide, qu’il s’agisse de rapatrier ses ressortissants (opération Amaryllis) ou mettre fin aux massacres (opération Turquoise), comporte un objet double et caché qui est celui de contrecarrer l’avancée du FPR au Rwanda. Le soutien français latent à une armée rwandaise qui, tout en combattant le FPR, planifie le génocide entretient l’ambivalence.


L’avis d’IMAJ, par Béatrice Godlewicz

Sorti en 2004, réalisé par trois jeunes français, cet excellent documentaire revient, pas à pas, sur les faits historiques, montrant du doigt une communauté internationale qui a contribué activement et passivement au génocide des Tutsis.

A la fin du 19è siècle, les colons allemands et belges imprégnés des théories raciales en Europe vont transformer deux groupes, les Hutus et les Tutsis en deux entités ethniques distinctes en les associant à des classes sociales. Ils donneront ainsi les bases à une haine des Hutus vis-à-vis des Tutsis, considérés comme l’aristocratie. Les colons s’appuieront un temps sur les Tutsis pour ensuite soutenir les Hutus, majoritaires.

Quelques décennies plus tard, François Mitterrand obsédé par le recul de la francophonie en Afrique soutiendra les Hutus au pouvoir, les armant contre le FPR, mouvement des Tutsis anglophones réfugiés en Angola qui se préparent à revenir au Rwanda.

Le déclenchement du génocide correspond à l’attentat du 6 avril 1994 perpétré contre le président du Rwanda, Juvénal Habyarimana suivi aussitôt par un coup d’État.

Ce génocide dont une des particularités c’est l’arme de guerre, une machette, a duré trois mois, et on estime que près d’un million de personnes, majoritairement des Tutsis, ont été exécutées.

Images d’archives, témoignages d’officiels, témoignages de Hutus génocidaires repentis et de Tutsis qui ont survécu, enquêtes parlementaires, ce documentaire permet à toute personne concernée par le sujet de comprendre les enjeux qui ont permis le silence de l’ONU et la complicité active de la France face à ce troisième et dernier génocide du XXe siècle.