THE RIGHTEOUS ENEMY

Ce documentaire montre comment les fonctionnaires italiens ont contribués à sauver quelque 40.000 Juifs en Yougoslavie, en France et en Grèce de la déportation vers les camps de concentration.

Des interviews uniques avec des fonctionnaires italiens et juifs (y compris le chasseur de nazis Serge Klarsfeld, lui-même sauvé par les Italiens) Les fonctionnaires italiens ont contournés les ordres de Mussolini qui voulait se conformer aux plans allemands pour l’anéantissement juif et comment ils ont créé des dérobades bureaucratiques ingénieuses. Le film comprend des images rares d’actualités, des photos d’archives et des extraits de procès d’Adolf Eichmann à Jérusalem. Le film cherche à comprendre les motivations derrière ces actes de conscience.
Surtout, The Enemy Righteous démontre que la morale individuelle peut jouer un rôle important dans l’Histoire.

Joseph Rochlitz’s essential documentary account of the non-Jewish Italian resistance to Hitler’s “Final Solution » begins with the story of the director’s father, who was interned by the Italians during WWII. The film’s scope enlarges to show how Italian officials saved some 40,000 Jews in Yugoslavia, France and Greece from deportation to concentration camps.

Unique interviews with Italian officials and Jews who survived (including Nazi hunter Serge Klarsfeld, himself saved by the Italians) explore why these Italian officials subverted Mussolini’s orders to comply with German plans for Jewish annihilation and how they created ingenious bureaucratic evasions and, when necessary, literal roadblocks. The film includes previously unseen Italian and German newsreel footage, archival photos, and excerpts from Adolf Eichmann’s trial in Jerusalem. The film seeks to understand the motives behind these acts of conscience. Above all, The Righteous Enemy demonstrates that individual morality can play a powerful role in history.


L’avis d’IMAJ, par Jack Mener

On n’en apprendra jamais trop sur la Shoah. Quasi chaque jour apporte son lot d’informations inédites sauvées de l’oubli ou de la destruction. Ce témoignage-ci livré par le fils d’un rescapé de la Solution Finale est peu connu et pourtant essentiel, même exemplaire : le sauvetage par des officiels italiens de quelques 40.000 Juifs de Yougoslavie, de France et de Grèce.
On connait la piètre et veule ligne de défense des 24 grands criminels nazis devant le Tribunal militaire international de Nuremberg en 1945-46 et celle d’Adolf Eichmann en 1961 pendant son procès à Jérusalem : « Je ne suis pas coupable. J’ai obéi aux ordres. »
Quoi qu’il en soit, il y a heureusement eu dans la tourmente de la Seconde Guerre mondiale, des cas, certes trop rares, où des responsables militaires, politiques, religieux ou administratifs, même de simples citoyens, se sont opposés, souvent au péril de leur vie, aux ordres de leurs supérieurs pour appliquer la Solution Finale parce qu’ils les estimaient iniques et inhumains. Ce documentaire de 57 minutes, touffu et soigneusement documenté, vient rappeler que parmi ces cas il y eut des Italiens de haut rang ou de rang plus modeste, pour faire obstacle aux ordres de Mussolini et de ses complices du régime fasciste à la solde d’Hitler, d’envoyer les Juifs d’Italie et des régions conquises par l’Axe, vers les camps de la mort.
Le réalisateur Joseph Rochlitz relate le parcours de son père, Imre Rochlitz, né à Budapest en 1925 et élevé à Vienne d’où il s’enfuit après l’Anschluss vers la Croatie où il fut interné en 1943 avec 3.500 autres Juifs dans le camp de concentration de l’île de Rab pour être déportés sur ordre de Mussolini à Trieste puis vers les camps d’extermination d’Europe de l’Est. Mais l’armée italienne refusa de les livrer aux nazis. A la différence hélas des 8.000 Juifs Italiens qui furent livrés par les fascistes pour finir dans les crématoires. Intrigué par le récit de son père, Joseph Rochlitz décida de mener une enquête sur les raisons de cette opposition des militaires italiens aux ordres de déportation et à laquelle son père dut d’échapper à la mort.
Il ressort des recherches qu’il entreprit et qu’il développe dans ce film, que ces militaires, aidés par des fonctionnaires du régime fasciste, déployèrent des trésors d’imagination et d’audace pour trouver divers prétextes aux retards et obstacles qu’ils mirent à la déportation des Juifs placés sous leur contrôle. De l’examen des documents et courriers officiels d’époque, de témoignages filmés des survivants dont celui de son père, et de ceux d’éminents historiens comme Menahem Shelah de l’Institut Yad Vashem et l’avocat Serge Klarsfeld qui échappa lui aussi, à Nice, à la déportation grâce à la passivité intentionnelle des troupes italiennes qui avaient envahi le Midi de la France, il ressort que ce furent des sentiments humanitaires et de solidarité avec les victimes de la persécution nazie qui motivèrent certaines autorités italiennes à jouer l’inertie contre la rage antisémite du régime hitlérien avec lequel leur Duce avait conclu un pacte de collaboration mortifère. Une compassion dont en revanche ne bénéficia pas en Grèce, la communauté juive de Salonique, massacrée dans sa quasi-totalité à Auschwitz.
Il y a dans ce documentaire une telle abondance de documents écrits, photographiques et filmés, soutenus par un commentaire si riche de détails, écrit et récité par Joseph Rochlitz lui-même, qu’il constitue un remarquable et irremplaçable concentré d’histoire de cette époque tragique. Mais plus que tout, il rend justice à l’esprit d’humanité héroïque qui a animé de courageux Italiens pendant une des périodes les plus noires de leur histoire.