MEMOIRES TSIGANES, L’AUTRE GENOCIDE

Ce peuple, un des plus vieux d’Europe, a lui aussi toujours souffert du rejet et de l’exclusion des autres nations. Mais si, comme pour les Juifs, c’est le régime d’Hitler et ses alliés qui ont visé à l’anéantir ; si ce sont bien les mêmes théories racistes , les mêmes procédures administratives, la même machine à exterminer qui servirent à les traquer pour nettoyer l’humanité de ces « untermenschen » ; leur calvaire à eux a duré plus longtemps, ils n’ont obtenu aucune réparation et leur stigmatisation, ouverte ou hypocrite, subsiste jusqu’à ce jour, même dans nos démocraties occidentales.

C’est le mérite du patient travail documentaire réalisé par Juliette Jourdan et Idit Bloch, avec le soutien de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, de nous le révéler : par des images et témoignages inédits de rescapés d’Auschwitz et par un scénario auquel l’historienne française Henriette Asséo a apporté le fruit de ses nombreuses années de recherche.

Nous y voyons qu’il aura fallu attendre le 27 janvier 2011 pour que le Parlement allemand honore pour la première fois la « catastrophe invisible » des Tsiganes assassinés par le Troisième Reich. Une population de forains, ferronniers, rempailleurs, fermiers, musiciens dont la majorité, contrairement à sa réputation de nomade, était pourtant sédentarisée et intégrée aux différentes sociétés d’avant-guerre.

Dans chaque pays ces hommes, femmes et enfants, victimes de leur visibilité et singularité culturelle, se voient imposer un statut administratif d’exception qui facilitera leur recensement et internement dans des camps, pour être ensuite décimés, gazés ou exécutés : 40 à 90% selon les régions d’Europe. En France, depuis 1912, le fameux carnet anthropométrique inspiré de Bertillon et Lombroso, ancêtre de l’actuelle carte d’identité nationale, est imposé à toute famille exerçant un métier itinérant. En Suisse, en Suède, bien après la politique eugéniste aryenne du Reich glorifiée par la cinéaste Leni Riefenstahl, enlèvements d’enfants et stérilisation des mères Roms ont duré jusqu’aux années ’70.

Aux côtés de la Gestapo, la Kripo, dirigée par Arthur Nebe qui se chargera de la persécution des Tsiganes et avec le Dr Ritter prônera leur stérilisation générale avant le décret d’Himmler sur la nuisance tsigane qui les conduira aux camps de concentrations de Dachau et Ravensbruck. L’offensive contre la Russie et l‘occupation de la Pologne entraineront les purification raciale en masse par les Einsatzgruppen et les camps d’extermination comme Auschwitz-Birkenau où Mengele opèrera sur les enfants.

source: Jack Mener Contact J avril 2012


L’avis d’IMAJ, par Jack Mener

Bouleversant documentaire qui révèle le mécanisme de l’extermination des Tsiganes dans l’Europe nazie. Même chasse sans pitié que pour les Juifs et homosexuels, mais dont on ne commence que depuis peu à apprendre l’ampleur et à reconnaître les complices de ce trop vite oublié crime contre l’humanité.
Ce peuple, un des plus vieux d’Europe, a lui aussi toujours souffert du rejet et de l’exclusion des autres nations. Mais si, comme pour les Juifs, c’est le régime d’Hitler et ses alliés qui ont visé à l’anéantir ; si ce sont bien les mêmes théories racistes , les mêmes procédures administratives, la même machine à exterminer qui servirent à les traquer pour nettoyer l’humanité de ces « untermenschen », leur calvaire à eux a duré plus longtemps, ils n’ont obtenu aucune réparation et leur stigmatisation, ouverte ou hypocrite, subsiste jusqu’à ce jour, même dans nos démocraties occidentales.
C’est le mérite du patient travail documentaire réalisé par Juliette Jourdan et Idit Bloch, avec le soutien de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, de nous le révéler : par des images et témoignages inédits de rescapés d’Auschwitz et par un scénario auquel l’historienne française Henriette Asséo a apporté le fruit de ses nombreuses années de recherche.
Nous y voyons qu’il aura fallu attendre le 27 janvier 2011 pour que le Parlement allemand honore pour la première fois la « catastrophe invisible » des Tsiganes assassinés par le Troisième Reich. Une population de forains, ferronniers, rempailleurs, fermiers, musiciens dont la majorité, contrairement à sa réputation de nomade, était pourtant sédentarisée et intégrée aux différentes sociétés d’avant-guerre.
Dans chaque pays ces hommes, femmes et enfants, victimes de leur visibilité et singularité culturelle, ont subi un statut administratif d’exception qui facilitera leur recensement et internement dans des camps, pour être ensuite décimés, gazés ou exécutés: 40 à 90% selon les régions d’Europe.
Alternant actualités d’époque et témoignages actuels de rescapés, le montage d’Idit Bloch décrit comment la machine infernale qui anéantit quarante millions d’humains, dont six millions de Juifs, allait broyer dans la foulée un pan entier du peuple des gitans. Le commentaire pointe aussi et surtout les pays qui, comme la Hongrie d’aujourd’hui, perpétuent cyniquement l’ostracisme des Tsiganes. Ce film essentiel n’oublie pas non plus de rappeler que trois cent cinquante et un Tsiganes partirent de Malines dans un des vingt-huit convois vers Auschwitz.

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