THE DECENT ONE – Adam hagun – Der Anständige

Ce titre est le nom que donne la réalisatrice à Heinrich Himmler, Ministre de l’intérieur sous Hitler, chef de la SS et principal architecte de la politique d’extermination de la Shoah.
Ce film de 90 minutes d’une importance capitale est un documentaire réalisé à partir de plus de 700 documents dont 300 lettres numérotées échangées entre Himmler et sa première épouse, des lettres avec sa fille, des journaux intimes, des correspondances diverses avec sa maîtresse, des films, des photos et même des dessins animés où le juif est représenté comme le méchant bossu au nez crochu volant tout le monde.

Tout ces trésors d’information proviennent en premier lieu d’un soldat américain qui, à la libération aurait trouvé cela dans la maison même d‘Heinrich Himmler. Par la suite, un israélien a acheté ces archives sur un marché de Bruxelles. De là, ces archives très bien conservées sont restées durant soixante ans sous un lit en Israël, et c’est le fils du propriétaire de cette malle qui a décidé d’en faire part de à un historien réputé en Israël.
C’est là que Vanessa Lapa, jeune journaliste belge vivant en Israël, réalisatrice de nombreux reportages pour la télévision, a eu connaissance de l’existence de ces documents.

Best Documentary Jérusalem Film Festival 2014


L’avis d’IMAJ, par Béatrice Godlewicz

La première question qui nous vient à l’esprit en visionnant le film The Decent One, de la réalisatrice belgo-israélienne Vanessa Lapa, c’est le temps qu’il a fallu pour que les lettres, le journal intime et les photos de Heinrich Himmler soient rendues publiques.
Pourtant, en mai 45, les soldats de l’armée américaine qui investissent la maison de Himmler, à Gmund, y découvrent très officiellement, des centaines de lettres personnelles, de journaux intimes et de photos.

Par la magie de l’histoire, ces documents se retrouveront chez un particulier. Contactée, la réalisatrice, d’abord méfiante puis curieuse, les fait identifier.

Une fois ces documents authentifiés et traduits, déterminée à en faire un film, elle s’est mise à la recherche d’images. Plus de 200 institutions ont été interpelées pour lui transmettre des films de famille, des documents inédits, tous des films de l’époque d’avant guerre et de la guerre.

Les films souvent récupérés en très piteux états ont été remastérisés par le seul studio habilité à faire ce travail en Israël, Realworks. Tomer Eliav, qui détient avec Vanessa Lapa ce studio, s’y est appliqué en faisant un remarquable travail…de bénédictin.

Il leur a fallu mettre bout à bout des images avec un texte uniquement fondé sur le journal et les lettres échangées et voir ainsi se dérouler une vie, une carrière, celle de l’architecte de la Solution finale de la question juive : Heinrich Himmler.

On y découvre un homme qui depuis sa tendre enfance est obsédé par la grandeur de l’Allemagne, l’ordre, le respect et la décence. L’Allemand est selon ses écrits l’être le plus « décent » qui soit.

Le film ne donne pas d’explications. Il retrace la vie intime d’Himmler à travers sa correspondance. Une vie d’une banalité à toute épreuve, si ce n’est ce programme de mort et d’assassinat de masse rendu lui aussi banal, normal, un travail quotidien comme un autre, dans ses échanges épistolaires.
Il dort bien, il mange bien, il a parfois des maux d’estomac, il aime sa fille, il aime sa femme et sa maîtresse, il les gâte avec du chocolat et des cadeaux divers tout en parcourant l’Europe pour organiser la mort autour de lui.

La femme d’Himmler qui survécut à la guerre témoignera devant les tribunaux internationaux. « Elle ne savait pas », déclarera-t-elle.

Le film nous fait découvrir, comme le disait Hanna Arendt, que l’horreur peut devenir une banalité.

Pour plus d’info sur ce film, visitez ce site : THE DECENT ONE