IM LABYRINTH DES SCHWEIGENS – Le Labyrinthe du Silence

Allemagne 1958 : un jeune procureur découvre des pièces essentielles permettant l’ouverture d’un procès contre d’anciens SS ayant servi à Auschwitz. Mais il doit faire face à de nombreuses hostilités dans cette Allemagne d’après-guerre. Déterminé, il fera tout pour que les allemands ne fuient pas leur passé.

Pour son premier long-métrage de fiction, Giulio Ricciarelli revisite l’Allemagne des années 50, emmurée dans le silence et le déni. La jeune génération ne connaît pas le mot « Auschwitz », les aînés évitent de remuer les fantômes du passé. Tout change à partir de 1958 avec la création d’une agence fédérale chargée d’enquêter sur les crimes nazis, placée sous l’autorité du procureur général de Francfort, déterminé à ce que justice soit faite : Fritz Bauer. Inspiré de faits réels, le réalisateur imagine un jeune procureur, Johan Radmann, choisi par Bauer, qui entame une longue traque judiciaire contre un homme identifié comme l’un des membres de la Kommandantur d’Auschwitz. Cet ancien SS, coupable de crimes abominables est devenu … instituteur ! Peu à peu et malgré l’opposition de sa hiérarchie, les pressions et les menaces, Radmann va constituer le dossier d’accusation contre lui et 21 autres hauts responsables du camp d’extermination. En vain, il va tenter aussi de confondre et de faire arrêter le Dr Mengele, qui a pu se rendre à plusieurs reprises en Allemagne, sans être inquiété. Après cinq années de minutieuses recherches portant sur des milliers de documents et des auditions de témoins rescapés, le procès aura lieu d’octobre 1963 à août 1965. Pour la première fois, l’Allemagne est mise officiellement face à ses responsabilités durant la Seconde guerre mondiale. Le film retrace avec un suspens soutenu et une économie d’effets la progression de la quête implacable menée par le jeune procureur et rend hommage à son mentor, Fritz Bauer.


L’avis d’IMAJ, par Agnès Bensimon

70 ans après la libération du camp d’Auschwitz-Birkenau, il est difficile pour les plus jeunes d’imaginer à quel point la mise à jour de ce qui s’était réellement passé dans les camps d’extermination nazis fut longue et ardue. Au sortir de la guerre, une majorité d’Allemands n’avaient aucune envie d’affronter la réalité. Dès 1949, le chancelier Adenauer plaidait en faveur d’une réintégration massive, surtout dans la fonction publique, de ceux ayant fait l’objet de procédures d’épuration. En ce sens, la création en 1958 de l’agence fédérale contre les crimes nazis qui mènera à l’ouverture des grands procès en 1963 est une étape fondamentale vers la reconnaissance de la responsabilité de l’Allemagne dans la Shoa. Elle est intimement liée à la personnalité de Fritz Bauer, un magistrat décidé à assumer le passé. D’origine juive, il avait été arrêté par la Gestapo en 1933. Exilé au Danemark puis en Suède, il était revenu en Allemagne en 1949. Quelques années plus tard, il était nommé procureur du Land de Hesse. Sous son impulsion et grâce aux magistrats qui travaillaient sous ses ordres au parquet de Francfort, le « Procès d’Auschwitz » put avoir lieu. Giulio Ricciarelli a créé le personnage de Johan Radmann à partir des trois procureurs qui ont instruit les dossiers des accusés. L’un d’eux, Gerhard Wiese, a supervisé le scénario. C’est dire à quel point le réalisateur avait à cœur de rendre aussi précisément que possible toute la complexité de la situation.
Le film pose du reste des questions essentielles : la jeunesse doit-elle savoir qu’elle est issue d’une génération de salauds ? Un Etat peut –il fonctionner sur le mensonge et le déni ? Où se situe la frontière entre le l’obéissance et le refus ?
Il retrace ce moment essentiel où les assassins doivent payer le prix. Or les ex-SS du camp sont stupéfaits de se retrouver sur les bancs des accusés. Aucun n’éprouve le moindre remords, la moindre empathie pour les victimes. En remettant en lumière cette période oubliée de l’histoire de l’Allemagne, Giulio Ricciarelli ouvre un important chantier de réflexions. Un film remarquable qui s’adresse à toutes les générations.
Le film présenté en DVD est doublé d’un bonus qui prolonge par des documents passionnants ce travail de réflexion. Leur vision est hautement recommandée.

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