WOMAN IN GOLD – La Dame en Or – La femme au tableau

Basée sur la vie de Maria Altmann, une réfugiée juive octogénaire qui veut que le gouvernement autrichien lui rende une œuvre qu’elle croit, à juste titre, appartenir à sa famille.
La dame en or représente l’œuvre de Gustav Klimt datée de 1907. Considéré comme la «Mona Lisa autrichienne», le tableau est le fruit d’une commande de monsieur Bloch-Bauer qui voulait un portrait de sa femme Adèle.
Lorsque Hitler annexe l’Autriche en 1938, les nazis s’emparent des biens des familles juives pour le compte du Troisième Reich, dont le fameux tableau évalué aujourd’hui à 150 millions de dollars. Basé sur des faits réels, le film de Simon Curtis retrace soixante-dix ans plus tard les efforts de Maria Altmann (Helen M


L’avis d’IMAJ, par Rémy Mendelsweig

La femme au tableau relate l’histoire authentique de Maria Altmann, de sa famille dans la Vienne d’avant-guerre et de son combat légal pour récupérer un des plus fameux tableaux de Gustav Klimt, volé par les nazis et depuis lors exposé dans un prestigieux musée autrichien.
Randy Schoenberg, petit-fils du compositeur Arnold Schoenberg, est un jeune avocat en difficulté financière lorsqu’il rencontre Maria Altmann, une septuagénaire, amie de sa famille, qui lui semble excentrique. Il est ahuri par la requête de Maria Altmann : l’aider à récupérer le portrait de sa tante Adèle qui est exposé dans le plus grand musée d’Autriche, le Belvédère à Vienne. L’année est 1998, 60 ans après la fuite précipitée de Maria hors de Vienne. Randy Schoenberg refuse d’abord cette proposition étonnante, mais il se résout finalement à prendre en charge l’affaire lorsqu’il découvre la valeur vénale du tableau. S’ensuit une procédure judiciaire face à l’Autriche qui s’étend sur huit longues années de combats et de rebondissements et se termine par la victoire surprenante de Maria Altmann. Le 17 janvier 2006 l’Autriche restitue 5 tableaux de Klimt à Maria Altmann.
Ce film nous dévoile les parcours de ce couple étonnant qui se croisent à travers leur combat commun contre l’état autrichien. Maria Altmann est poursuivie par ses souvenirs de Vienne. Elle y vécut une enfance marquée par le charme de sa tante Adèle Bloch-Bauer qui de 1904 à 1907 sert de modèle à Gustav Klimt, chef de file de la Jugendstil, l’Art Nouveau viennois. Vienne où vivent Freud, Klimt, Wittgenstein et Schnitzler, connaît une grande effervescence artistique. Les Bloch-Bauer partageaient tous ensemble un magnifique appartement situé sur l’une des avenues les plus prestigieuses de Vienne, Elisabethstrasse. Personnalités emblématiques de la communauté juive florissante de la capitale, les Bloch-Bauer – particulièrement Adèle et son époux Ferdinand – étaient de riches mécènes dans le domaine des arts. Adèle tenait un salon, attirant par sa renommée des figures aussi célèbres que Gustav Mahler, Arthur Schnitzler, Gustav Klimt, Kokoshka, Richard Strauss. En accompagnant, contre son gré, Randy Schoenberg à Vienne Maria Altmann est submergée par les images de son mariage dans l’appartement à Elisabethstrasse, le don du collier d’Adèle – décédée en 1925 d’une méningite- immortalisé par son portrait que lui fait son oncle Ferdinand à son mariage (ce collier fera partie du butin nazi et se retrouve sur le cou de la femme de Goering). Ce mariage, où sous la joie perce l’inquiétude ambiante, a lieu 6 semaines avant l’Anschluss, l’annexion de l’Autriche par les troupes allemandes. Les terribles souvenirs refont surface : l’allégresse des Viennois acclamant les soldats allemands, les exactions contre les Juifs dans les rues de Vienne, ses parents démunis de tous leurs biens et désemparés face à la destruction de leur monde, sa fuite in extremis de Vienne, pleine de remords face à l’abandon de ses parents. Maria Altmann ne souhaite plus qu’une chose : maintenir en vie le souvenir de sa famille en obtenant la restitution du tableau de sa tante Adèle. « Je combats pour obtenir ce qui nous a toujours appartenu ! », déclare-t-elle.
Le parcours de Randy Schoenberg est à l’inverse, celui d’un jeune avocat ambitieux poussé d’abord par l’intérêt du gain, qui s’identifie subitement lors de sa visite à Vienne à ses origines juives autrichiennes, et décide de s’acharner dans ce combat judiciaire qui semble sans chance de succès face à un Etat. Il se comporte à l’image de la deuxième génération qui découvre la Shoah et se réoriente dans la vie par rapport à elle.
Ce film révèle l’inanité du mythe de l’Autriche victime du nazisme. Il expose également la duplicité de l’Etat Autrichien qui s’est démené jusqu’au bout pour empêcher la restitution des tableaux de Klimt. Il est intéressant de savoir que les deux portraits d’Adèle peints par Klimt étaient exposés dans la Galerie du Belvédère sous de fausses dates d’acquisition, antérieures à celle de leur vol. Le « Portrait d’Adèle Bloch-Bauer I » était en outre dénommé « La Femme en Or » de façon à effacer toute référence juive.
Par ce film, nous découvrons les refus de l’Autriche d’affronter les pans sombres de son histoire et le fonctionnement du marché de l’art, nous comprenons mieux le rôle important pris par les Juifs viennois dans l’essor économique et culturel de l’Autriche de l’entre-deux-guerres.

La femme au tableau est un film mené dans un style hollywoodien, mais qui a l’intérêt de présenter cette fastidieuse procédure judiciaire à la façon d’un thriller qui se laisse voir facilement. A voir pour tous âges.

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