MAYRIG

Le film retrace l’arrivée des Arméniens à Marseille dans les années 1920, alors qu’ils fuient le génocide turc.
L’histoire se déroule sur une vingtaine d’années suivant les souvenirs du petit Azad, âgé de 6 ans (Henri Verneuil), ponctués de commentaires en voix-off ou de flash back sur la période du génocide.


L’avis d’IMAJ, par Jack P. Mener

Long métrage (2h37’) du réalisateur français d’origine arménienne (Achod Malakian), tourné d’après son propre roman éponyme autobiographique, lequel sera suivi en 1992 par son second volet « 588, rue Paradis », avec à peu près les mêmes interprètes (Omar Sharif, Claudia Cardinale, Richard Berry, …) par lequel il clôturera son abondante filmographie. « Mayrig » évoque de façon romancée, comment le petit Azad Zakarian se réfugie à six ans à Marseille avec sa famille qui échappa au génocide de 1915 et comment ils s’intégreront avec courage dans la société française. Diplômé de l’école des Arts et Métiers d’Aix-en-Provence, le jeune immigré deviendra journaliste puis, après sa rencontre avec la vedette Fernandel, sous le pseudonyme de Henri Verneuil, il deviendra le réalisateur de nombreux films à succès.
Henri Verneuil bénéficie du mérite ambigu d’être le réalisateur français qui détient d’une part le record absolu du nombres d’entrées pour l’ensemble de ses films (91,58 millions pour 34 films) et couronné par un César d’honneur en 1996 pour l’ensemble de son œuvre mais d’autre part d’avoir été entièrement méprisé par les chefs de file de la Nouvelle Vague (Godard, Truffaut, Chabrol, Rohmer, …).
Ses succès de box-office sont sans précédents et devenus légendaires, entre autres: Le Boulanger de Valorgue, Le Mouton à cinq pattes, Les Amants du Tage, La Vache et le prisonnier, Le Président, Un Singe en hiver, Mélodie en sous-sol, Cent mille dollars au soleil, Wek-end à Zuydcoote, Le Clan des Siciliens, Le Casse, Peur sur la ville, I comme Icare, Mille milliards de dollars,…
En plus, il a dirigé les plus grands acteurs français et internationaux: Fernandel, Michel Simon, Jean Gabin, Michèle Morgan, Jean-Paul Belmondo, Alain Delon, Lino Ventura, Claudia Cardinale, Bernard Blier, Anthony Quinn, Omar Sharif, Robert Hossein, Yul Brynner, Henry Fonda, Dirk Bogarde, Philippe Noiret, Michel Bouquet, Yve Montand, Patrick Dewaere,…
Il est donc impossible, de considérer sans intérêt ni attention, Mayrig , ce film largement autobiographique qui rend hommage à la mère du réalisateur et dont le titre signifie d’ailleurs « maman » en arménien. Il s’agit là d’une grosse production internationale où des moyens très importants ont été investis, tant au niveau du casting, que des décors et de la photographie, pour offrir une reconstitution historique aussi fidèle que possible du quartier populaire de Marseille où Henri Verneuil a situé l’action de ses jeunes années.
Certes, on peut regretter que le génocide de plus d’un million d’Arméniens par les Jeunes Turcs en 1915 ne soit évoqué dans ce scénario que de façon très partielle ou indirecte. D’abord, dès l’ouverture, par une séquence où un jeune Arménien (incarné par Denis Podalydès), pour venger la souffrance de son peuple, assassine un ministre turc, est jugé par un tribunal allemand qui l’acquitte dans un grand retentissement médiatique. L’évocation du martyre arménien est certes hautement symbolique et forte, mais de portée limitée.
Ensuite, Henri Verneuil aborde plus frontalement le massacre de son peuple d’origine, par une séquence où un groupe de quelques dizaines d’Arméniens s’abreuvant à une source dans une oasis du désert se font massacrer sous les fusils de cavaliers turcs. Le sang des victimes rougit l’eau où elles s’abreuvaient et il n’y aura qu’un survivant pour raconter aux parents du petit Azad Zakarian la sauvagerie de l’épisode. C’est là une façon fort réductrice, d’évoquer par l’image ce que l’on considère comme le premier génocide de l’Histoire.
Enfin, si l’on veut bien considérer que « Mayrig » est avant tout le récit personnel d’une résilience par une intégration lente mais réussie d’une famille arménienne dans la société française de l’entre-deux-guerres et de la Seconde Guerre mondiale, toutefois le style utilisé par un metteur en scène aussi expérimenté pour nous plonger dans l’intimité de son vécu, est pavé d’un excès de bons sentiments, d’épisodes larmoyants et de propos racoleurs indignes d’un réalisateur et scénariste au palmarès aussi flamboyant.
Certains retrouveront peut-être avec nostalgie les trams de la belle époque circulant entre les modestes boutiques d’un quartier populaire de Marseille d’avant-guerre ou le décor impressionnant de la gare Saint-Charles sponsorisé par la S.N.C.F. Mais le jeu ultra-conventionnel d’acteurs pourtant aussi chevronnés qu’Omar Sharif ou Claudia Cardinale plombe sans pitié ce qui aurait pu être un hommage poignant aux Arméniens oubliés dans les charniers de l’Histoire.

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