REMEMBER

Dans une maison de retraite aux Etats-Unis, Zev, un homme de 90 ans qui souffre de démence sénile, se réveille en appelant sa femme, Ruth. Il apprend alors à nouveau qu’elle est morte quelques jours avant. Un autre pensionnaire de la maison, Max, lui rappelle sa promesse : après la mort de Ruth, retrouver l’ancien nazi qui a assassiné leurs familles à Auschwitz ; nommé Otto Wallisch, il a pris la fausse identité de Rudi Kurlander. Max, qui est en fauteuil roulant, et Zev sont les deux derniers rescapés à pouvoir le reconnaître.
Zev s’échappe alors, avec une lettre d’instructions de Max, et voyage pour réaliser sa promesse de vengeance. Mais sa mémoire défaillante lui complique la tâche.


L’avis d’IMAJ, par Béatrice Godlewicz

La plupart des critiques de cinéma ont émis des commentaires des plus contradictoires sur Remember, le thriller réalisé par Atom Egoyan. Quant au scénariste, Benjamin August, il reçut, le prix du meilleur scénario au 4ème festival de film canadien.
On peut lire, à propos du film et de son réalisateur, qu’il « exploite honteusement la souffrance de la Shoah » et que le thriller est « balourd » dans sa mise en scène, mais aussi que c’est « un film captivant », émouvant avec une intéressante « mise en abyme ».
La Shoah et la mémoire de la Shoah sont l’élément essentiel de ce film, à la fois road movie et thriller à rebondissements multiples avec une scène finale qui a un effet explosif.
Nous pensons, a contrario de certaines critiques, que pour transmettre un message qui concerne le génocide du peuple juif, il était nécessaire d’user d’un genre cinématographique qui attire, captive et évite, à tout prix, le pathos, sinon l’ennui, d’autant plus que les acteurs ne sont plus de jeunes premiers.
Animé par le désir de faire justice à sa famille exterminée par les nazis, un vieux déporté juif, Max (Martin Landau ), organise à partir de la maison de repos où il séjourne, et à travers un autre vieillard, également ancien déporté, Zev (Christopher Plummer), leur vengeance contre un nazi resté en vie, responsable principal de cette extermination.
Zev, est un vieillard sans mémoire. Il parcourt les Etats-Unis à la recherche d’un ancien criminel nazi qui se cache sous un faux nom. Il a l’avantage sur son ami Max, qui le guide depuis la maison de repos, d’avoir encore la faculté de marcher. Dans son parcours, il égrènera les rencontres, toutes les personnes homonymes de ce nazi qui a assassiné de nombreux Juifs. Il tuera même un néo-nazi avec des réflexes irréprochables pour un homme de 90 ans qui ne s’est plus, voire jamais, exercé à tirer.

Le film ne répond pas à toutes les questions que l’on pourrait se poser à propos de la sénilité de Zev, surtout caractérisée par son amnésie.
Et c’est de la Mémoire dont il s’agit dans ce film. Le titre se réfère sans doute à l’injonction biblique « Zakhor », « souviens-toi ». Impératif, le terme revient 169 fois dans la Bible. Se rappeler le passé est associé à la filiation, aux liens, à la loyauté, à l’identité.
Se souvenir porte également sur les responsabilités.
Ce thriller brillant autour d’acteurs âgés nous questionne en réalité sur la mort imminente des derniers témoins et des derniers criminels, sur l’oubli des crimes commis par les génocidaires, sur la justice trop souvent peu effective, sur la confusion qui s’installe petit à petit qui ne permet plus d’identifier la victime du bourreau, enfin sur les renversements des rôles et de situations.
Comment ne pas penser à un docteur Mengele qui a réussi à se cacher, à se fondre dans la population locale d’un pays d’Amérique du sud, effaçant toute trace des crimes passés, continuant à exercer un métier qu’il a dévoyé, laissant ainsi planer un doute sur l’inhumanité des actes commis et cela avec les complicités organisées de longue date ?
Comment ne pas supposer qu’Atom Egoyan, en s’appuyant sur le scénario de Benjamin August, nous confie, par extension, son désarroi sur la mémoire toujours non reconnue en Turquie du génocide des Arméniens ? Comment ne pas s’interroger sur le lien entre histoire et mémoire et poser la question sur qui façonne qui ?
Visionner Remember sous cet angle-là donne à le considérer comme un grand film qui pose des questions justes en s’appuyant sur des acteurs âgés qui nous mobilisent complètement.

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