ALONE IN BERLIN – Seul dans Berlin

Berlin, 1940. La ville est paralysée par la peur. Otto et Anna Quangel, un couple d’ouvriers, vivent dans un quartier modeste où, comme le reste de la population, ils tentent de faire profil bas face au parti nazi. Mais lorsqu’ils apprennent que leur fils unique est mort au front, les Quangel décident d’entrer en résistance. Aux quatre coins de la ville, ils placent des messages anonymes critiquant Hitler et son régime. S’ils sont arrêtés, ils savent qu’ils seront exécutés…

L’inspecteur Escherich de la Gestapo s’intéresse bientôt à leurs actions et c’est un redoutable jeu du chat et de la souris qui s’engage. Le danger ne fait que renforcer la détermination d’Otto et Anna et leur amour. Progressivement, leur rébellion silencieuse mais profonde transforme leur vie et leur mariage…

7 nominations Berlinale 2016


L’avis d’IMAJ, par Béatrice Godlewicz

Le troisième film de Vincent Perez, Seul dans Berlin a été fortement décrié par les critiques et pourtant nous sommes convaincus de son intérêt, notamment dans le cadre scolaire.
Le film peine à trouver l’intensité et la richesse des 700 pages du roman de Hans Fallada, (1893-1947), de son vrai nom Rudolf Ditzen dont une partie s’inspire de l’histoire d’Otto et Elise Hampel.
Malgré les reproches faits au film, les aspects positifs de cette adaptation qui se concentre sur le couple Hampel, rebaptisé Quangle par Hans Fallada, ne manquent pas.
Le roman tout comme le film se situe entre 1940 et 1942, les Hampel ayant été exécutés après un procès en 1943. Nous savons que l’auteur a modifié, outre leur nom, d’autres éléments de la vie des Hampel et notamment leur fin, moins glorieuse que dans le roman et son adaptation cinématographique.
Le film débute avec l’annonce de la mort de leur seul fils à la guerre.
La femme (Emma Thompson) ressent un tel désarroi et une telle colère qu’elle éprouve du rejet pour son mari (Brendan Gleeson).
Nous ne savons pas grand-chose d’eux – dans le film – avant la mort du jeune soldat Quangle. Mais nous comprenons que Madame fréquentait un groupe de dames patronnesses propagandistes du nazisme et que le couple battait de l’aile.
Monsieur Quangle, de son côté, mûrit sa tristesse et effectue un revirement.
Lorsque sa femme découvre qu’il écrit sur des cartes des tracts anti-nazis et en parsème la ville, une nouvelle énergie s’empare d’eux. Ils retrouvent à travers cet acte de résistance au nazisme une compréhension commune du monde qui les entoure.
Certes, le film ne fait qu’effleurer la vie des habitants de l’immeuble dans lequel habitent les Quangle alors que le livre regorge de personnages et de descriptions des mentalités allemandes de l’époque : la vieille dame juive qui a peur et se cache, la factrice qui connaît chaque habitant de l’immeuble et partage des secrets avec certains, les deux jeunes gens qui ont intégré les Jeunesses hitlériennes et qui se sentent dans leur bon droit de traquer Frau Rosenthal, les petites crapules qui veulent juste profiter des biens de la vieille dame juive sans autre état d’âme, le juge Fromm qui fait également un acte de résistance en cachant la vieille juive….
Le film se concentre sur ce couple redevenu uni par le choc de la disparition de leur fils. Leur prise de conscience de la vanité et de l’horreur de la guerre les conduit à manifester leur opposition au régime nazi. Les deux acteurs Emma Thompson et Brendan Gleeson jouent tout en finesse, ce couple de « petites-gens » que rien ne prédestinait à devenir des héros.
Muni de très faibles moyens, une plume et du papier, Monsieur Quangle dépose régulièrement au pied d’une marche d’escaliers, au coin d’une rue, tout endroit où des personnes peuvent lire son tract, une carte sur laquelle les mensonges du régime nazi sont dénoncés. Au final quelques deux cents cartes ont été ainsi déposées à Berlin et semblent avoir été suffisamment dérangeantes que pour que la Gestapo se mette à la recherche des dissidents.
Ce film offre plusieurs débats possibles sur la manière dont les humains réagissent lorsqu’il y a menace de mort, sur les divers visages des Allemands durant la guerre, sur le fait que la résistance n’appartient pas qu’aux militants de base, aux intellectuels mais bien à tout un chacun.
La question de la différence entre fiction et réalité importe également. Même des personnes comme les Hampel qui devaient se douter de ce qui les attendait s’ils menaient de telles actions, n’ont pas hésité lors de leur procès à se rejeter la faute l’un sur l’autre.
Ces héros n’auraient-ils été que des héros d’un moment ?
Fallada/Ditzen, de son vivant, n’a jamais vu son livre édité dans son entièreté, en raison de la censure. La version originale ne plaisait pas aux vainqueurs de l’après-guerre car les Hample avaient été préalablement pro-nazis et lors de leur procès, ont plaidé leur allégeance au régime nazi. Malheureusement sans succès puisqu’ils furent exécutés.
Ce n’est que tardivement que ce livre anti-nazi, le premier du genre semble-t-il, puisque édité en 1946, a été retraduit dans son entièreté et a connu un grand succès de librairie.

Trailer / Extrait