SIMONE VEIL A PROPOS DE LA DEPORTATION DE SA FAMILLE

Simone VEIL évoque la seconde guerre mondiale et la déportation de sa famille dans le camps de concentration d’Auschwitz. Sa soeur Denise Jacob relate son entrée dans la Résistance en août 1943 ; Les propos des deux soeurs sont ponctués par des photos et images d’archives en noirs et blancs de sa famille et du camps de concentration commentés off.
Simone Veil raconte la déportation de sa famille et sa vie après-guerre. Document INA – durée 24’30. 1976. http://www.ina.fr/video/I04341522/simone-veil-a-propos-de-la-deportation-de-sa-famille-video.html


L’avis d’IMAJ, par Agnès Bensimon

Simone Veil est décédée à Paris le 30 juin 2017, à 89 ans. Un hommage national a été rendu à cette grande figure de la vie politique française. L’ancienne déportée de 16 ans, devenue ministre de la Santé combattante de l’IVG (1974), Présidente du premier Parlement européen (1979), la troisième femme à entrer à l’Académie française (2010), a accompli un parcours saisissant qui a inspiré des biographies, de nombreux documents audiovisuels enrichis de ses témoignages. Parmi ceux-ci, nous relatons, en guise d’hommage, un court document de l’Institut National de l’Audiovisuel, datant de 1976, dans lequel Simone Veil revient sur sa déportation et celle de sa famille. Son mari, Antoine Veil, évoque leur rencontre, leur vie familiale immédiatement après la guerre et certains aspects de la personnalité de son épouse.

Avec des mots simples mais pesés, s’exprimant avec mesure mais sur le ton de la confidence, le visage concentré, Simone Veil impose sa présence à l’écran. Elle raconte son arrestation, à Nice, le 30 mars 1944, au lendemain des épreuves du baccalauréat, avec Yvonne sa mère, sa sœur Milou et son frère Jean, son père ayant déjà été arrêté auparavant. Après 8 jours de pérégrination, elle arrive sur la rampe d’accès du camp d’Auschwitz, le 15 avril 1944. Elle triche sur son âge et déclare qu’elle a 18 ans. Elle doit à sa beauté un placement de « faveur » dans une section moins pénible. Simone Veil évoque les marches de la mort, en janvier 1945, suite à l’avancée des troupes soviétiques. Elle, sa mère et sa sœur font partie du groupe très restreint de femmes, quelques dizaines parmi des milliers d’hommes, qui braveront la neige, la faim et les mauvais traitements, sur une distance de 70 kms, jusqu’à Bergen-Belsen, via le camp de Dora. Elle insiste en particulier sur la solidarité des femmes, plus grande, désintéressée et généreuse que celle des hommes. Elle parle du décès de sa mère, emportée par l’épidémie de typhus qui ravage le camp de Bergen-Belsen, en mars 1945. Et quand un mois plus tard les troupes anglaises libèrent le camp, elle n’éprouve aucun sentiment de joie car elle ne peut être aux côtés de sa sœur Milou.

Simone Veil aborde alors le retour en France, à Paris cette fois. Ses parents et son frère sont morts en déportation. Elle a 17 ans et l’envie d’étudier. La vie reprend. Elle s’inscrit à Sciences Po et y rencontre son futur mari, Antoine Veil, d’un an son aîné. Mariage à 19 ans, trois garçons qui se suivent, la répartition des tâches est très classique : Antoine travaille, elle reste au foyer. Un nouveau drame l’atteint (la mort accidentelle de Milou, en 1952) qu’elle est incapable d’aborder devant la caméra. Toutefois Simone ne renonce pas à faire carrière. Elle finit par convaincre Antoine d’accepter qu’elle entre dans la magistrature. Son premier poste, dans l’administration pénitentiaire lui procure beaucoup de satisfactions. Elle s’intéresse aux conditions de détention des prisonniers, au respect de leur humanité et surtout aux femmes prisonnières qui sont un faible pourcentage de la population carcérale. Parmi elles, des Algériennes, à une époque où la guerre pour l’indépendance fait rage.
En 1964, elle change d’affectation, passant aux affaires civiles. Mais c’est Antoine qui développe une carrière politique et publique.

Tout cela va changer quand le Président Valéry Giscard D’Estaing, sur le conseil de Jacques Chirac, la promeut Ministre de la Santé, avec la charge que l’on sait, de défendre à l’Assemblée nationale la loi sur l’interruption volontaire de grossesse. Un autre document historique de l’INA donne à voir le discours de Simone Veil et les débats à l’Assemblée (disponible sur Youtube également).
Mais dans le cadre de cette newsletter, il importait de retenir le témoignage de Simone Veil sur sa déportation et les années de l’immédiat après-guerre. Le document de l’INA, dans sa simplicité, touche au cœur et aux consciences.