Colloque
organisé par IMAJ
et le Centre Culturel d'Etterbeek
AUTRICHE, LE REVERS DE LA MEMOIRE
Trois documentaires percutants signés par des réalisatrices autrichiennes explorent la face cachée de la mémoire, celle des bourreaux : mémoire déficiente et pourtant transmise, traquée par les caméras dans ses moindres lapsus. Ces films nous parlent du présent, pas de l'histoire, même si les zones d'ombres du passé affleurent lorsque les consciences sont sollicitées. L'oubli et les tabous n'agiraient-ils pas comme des mécanismes efficaces de transmission ? N'est-ce pas le revers de la mémoire ?
A l'est de la guerre de Ruth Beckermann
Autriche - 1997 - 1h47 - 35mm - Couleur - VO all ST FR
(Prix de la Ville de Vienne 1996 - Prix du festival du Cinéma du Réel, Paris - 1997)
Automne 1995, Vienne. L'exposition itinérante Guerre d'extermination - Les crimes de la Wehrmacht de 1941 à 1945 fait escale dans la capitale autrichienne. Jour après jour, Ruth Beckermann s'y rend munie d'une caméra super 8. Elle interroge des hommes, de 70 à 80 ans. Ils ont vécu cette époque et, pour la majorité d'entre eux, sont d'anciens soldats de la Wehrmacht. Le film de Ruth Beckermann est poignant car il interroge "ceux qui ont vu" et savent les crimes et actes commis au nom du nazisme. Mais ils semblent avoir vu sans voir et ne rien savoir. Quelles valeurs ces anciens soldats vont-ils transmettre à leurs enfants ? La servilité et la soumission, plutôt que la résistance et le courage, constate-t-elle . La documentariste les regarde se souvenir - ou refuser de le faire.
"Construit par son auteur sur un dispositif très simple, ce film fait du cinéma une arme contre la falsification de l'histoire." (Le Monde)
Ruth Beckermann est née à Vienne. Elle est rédactrice dans de nombreuses revues et a fondé la maison de production "Filmaden". Ecrivain et cinéaste, elle tourne des documentaires et publie des essais consacrés aux zones d'ombre de la conscience historique depuis plus de 10 ans.
Spiegelgrund de Angelika Schuster et Tristan Sindelgruber
Autriche 2000 - 1h10 - Couleur - Béta SP - VO all ST FR
Spiegelgrund, la "clinique pour enfants", située à Vienne, a été de 1940 à 1945 le lieu d'application du programme d'éducation et d'euthanasie mis au point par les nazis. Des centaines d'enfants y ont été assassinés. Le film explique le processus d'annihilation des éléments "indignes" du peuple germanique (handicapés, petits délinquants, …) et dénonce le silence révoltant qui entoure aujourd'hui encore en Autriche, cet aspect de la machine criminelle nazie. Les cerveaux de dizaines de petites victimes ont été conservés jusqu'à aujourd'hui dans une sorte de salle de commémoration, nommée "Salle du Souvenir".
"Spiegelgrund est un document poignant sur le manque de suivi sur cette partie de l'histoire par l'Autriche de l'après-guerre. Ce film qui évite d'être spectaculaire à tout prix, fournit un récit historique jusqu'à nos jours et se met du côté des victimes. Il ne donne pas la parole aux malfaiteurs. Mais ceux-ci en ont peut-être déjà trop dit". (Kurier, Vienne)
Angelika Schuster a participé à de nombreux projets vidéo et s'est spécialisée dans la direction d'interviews de témoins. Tristan Sindelgruber fut enseignant à Vienne avant de devenir réalisateur et de fonder sa propre société de production, "Schnittpunkt".
Vienna is Different, 50 Years after the Anschluss de Susan Korda
Etats-Unis, 1989, 1h25, 16mm, VO Allemand ST ANG
En 1988, lors de la commémoration du 50ème anniversaire de l'Anschluss, la réalisatrice Susan Korda retournait à Vienne, ville de sa jeunesse, afin de sonder le regard de la jeune génération autrichienne sur sa société. Cette commémoration coïncidait avec l'élection du président Kurt Waldheim, ancien collaborateur nazi. En 50 ans, Vienne avait-elle vraiment changé ? Ce film est un miroir tendu à la société viennoise. Il nous renvoie l'image de son indifférence, voire de sa résistance à réfléchir sur le passé. Du refoulement jaillit la négation, prélude menaçant au retour du refoulé. Tourné il y a 12 ans, ce film est un document historique unique. Film salué par la presse lors de son passage au festival de Berlin en 1989.Susan Korda enseigne le cinéma à l'Université de New York.
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