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DIANE PERELSZTEJN  
 

Entretien avec Diane Perelsztejn

En novembre 1996, Diane Perelsztejn, après quatorze ans de bons et loyaux services consacrés aux émissions TV « Shema Israël », produites par le CCIB, s’en est allée sous d’autres cieux,  ceux de la lointaine Australie, exercer ses talents de documentariste.Quatorze ans, c’est (très) long pour quelqu’un de bien jeune encore (37 ans). C’est beaucoup d’énergie, de savoir-faire investis, de connaissances emmagasinées dans ces centaines d’heures diffusées sur la RTBF.Diffusées souvent en dehors des heures de grande écoute et ne bénéficiant d’aucun tapage publicitaire, ces émissions et leur réalisatrice méritaient certes, en guise d’hommage, un petit coup de projecteur.Diplômée en réalisation Cinéma, Radio-TV de l’Institut des Arts de Diffusion (IAD), en 1981, Diane Perelsztejn fut aussitôt engagée par le Consistoire Central Israélite de Belgique (CCIB) pour continuer à réaliser les émissions TV « Shema Israël » concédées par la RTBF. « Concédées » signifiant que la RTBF et la BRT étaient chargées par l’Etat de retransmettre des émissions philosophiques et religieuses de confessions reconnues par celui-ci. La RTBF accorde donc dix fois par an une plage de  +/- 29 minutes ou de +/- 59 minutes à « Shema Israël », plus une plage de quatre fois 10 minutes pour des condensés de certaines émissions.Si la RTBF fournit le matériel audiovisuel et les professionnels, c’est le réalisareur qui reste maître de son oeuvre en dernier ressort, le choix du sujet étant décidé en accord avec Anna Marinower, la productrice déléguée du CCIB depuis 1964.Ces émissions ont une mission d’information: elles sont produites dans un but d’éducation religieuse, pour aider les jeunes à connaître leur passé et à retrouver leurs racines.Elles constituent une bonne vulgarisation du judaïsme en même temps qu’une démythification du monde juif. En le montrant tel qu’il est, ni meilleur ni pire que les autres, on brise les ghettos et on combat ainsi les idées reçues et les préjugés. 

            A qui la série « Shema Israël » est-elle destinée ?

Aux Juifs d’abord, mais aussi aux non-Juifs. C’est une fenêtre du judaïsme ouverte vers l’extérieur.
Il y a des Juifs « assimilés » ou vivant dans des milieux totalement isolés du judaïsme pour qui les émissions constituent alors le seul lien avec le reste de la communauté. Pour les autres, ceux qui fréquentent (assidûment) la communauté, ces émissions peuvent avoir un effet de « miroir »: les gens aiment se voir et/ou revoir l’événement auquel ils ont pu -ou pas- assister.

  Des Juifs élevés dans un milieu très traditionaliste peuvent-ils acquérir de nouvelles connaissances et des informations complémentaires dans ces émissions ?

Non, s’il s’agit de sujets se rapportant à la religion ou à la culture juives (il n’y est pas question d’exégèse savante de la Bible). Oui, lorsqu’ils apprennent à connaître d’autres milieux et d’autres problèmes sociaux. 

Quels sont les thèmes abordés ?

Ils sont nombreux et variés, mais il en est quelques uns qui reviennent souvent, comme les fêtes religieuses, les événements importants pour la communauté juive (commémorations, célébrations, inaugurations), le fonctionnement de certaines institutions (écoles, Centrale d’Oeuvres Sociales Juives, Service Social Juif ...).Jamais aucune propagande n’a été faite pour aucun parti et on n’y trouve aucun militantisme. Et s’il arrive qu’on y parle d’une institution à vocation plus politique (comme le CCOJB par exemple), c’est uniquement lorsque celle-ci organise une manifestation de prestige.Parfois aussi, on donne un aperçu de certaines communautés juives étrangères (la ville de Prague, le Musée Juif d’Amsterdam et celui de New York, les Juifs de Syrie, de l’Est ...).Il y a aussi des thèmes directement liés aux événements importants de l’année en cours, ce sont des réflexions, des mises en perspective. Ainsi, par exemple, en 1989, dans « La Révolution française: est-ce bon pour nous ? », on remet en lumière le fait que celle-ci reconnut pour la première fois au Juif le statut de citoyen émancipé. En 1991, au moment de la Guerre du Golfe, les guerres de religions ont été évoquées. En 1992, presque toutes les émissions furent consacrées au 500ème anniversaire de l’édit d’expulsion des Juifs d’Espagne. Une émission rendit compte de la visite du roi Juan Carlos à la synagogue de Tolède. En 1994-95, des émissions ont été réalisées à propos du 50ème anniversaire de la Libération des camps, mais traitées sous un angle particulier, d’un point de vue différent des autres.« Shema Israël » n’avait pas attendu 1995 pour témoigner de l’Holocauste, car depuis ses débuts, chaque années, elle consacrait au moins une émission à la mémoire de la Shoah.Enfin pour terminer, il y a des thèmes traités en série de plusieurs émissions, comme celle consacrée à la lumière (symbolique ou non) telle qu’elle apparaît dans la Bible. 

Y a-t-il une évolution dans la conception de ces émissions ?

On constate que depuis un certain temps, qu' elles ont de moins en moins la fonction de  « miroir ». Aujourd’hui, elles s’ouvrent davantage sur le monde non-juif en expliquant les fondements mêmes du judaïsme (qu’est-ce qu’un rabbin, la cacherout ou le Shabbat ? ...) 

Plus précisément, ces émissions ont-elles eu un écho parmi les spectateurs ?

En général, une bonne audience. Deux émissions ont remporté un succès extraordinaire en Belgique: « Dis-moi ce que tu manges, je te dirai qui tu es » et « Le Congrès des Enfants Cachés à New-York en 1991 ».Dans le premier cas, la plupart des téléspectateurs étaient des non-Juifs, ils voulaient tous connaître les recettes ; dans le second cas, les gens appréciaient le « parler vrai », l’émotion dégagée.              

Les Films de la Mémoire (maison de production qu’elle a fondée en 1987) sont nés, sans doute, d’une ambition de cinéaste, d’un désir d’indépendance, celui de s’impliquer plus personnellement pour pouvoir mieux réaliser et différemment des films sur « la démarche de la mémoire ».

 

 

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