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Lydia ChagolL & FRANS BUYENS
 

Lydia Chagoll

Née en Belgique en 1931. Elle a d'abord fait sa réputation comme chorégraphe, entre autres pour l'opéra de Trèves. Elle a assuré la chorégraphie et la mise en scène de plusieurs pièces de théâtre, tant en Belgique qu'à l'étranger. Elle a créé et représenté de nombreux ballets, dont certains pour enfants. On lui doit également un "Plaidoyer pour le ballet belge" (1960), un "Bref aperçu de l'enseignement de la danse classique" (1965), ainsi qu'une série télévisée pour enfants: "Noémie, l'ourson en peluche" (1972).En 1973, Lydia Chagoll devient l'assistante de Frans Buyens pour le long métrage de fiction "Là où toussent les petits oiseaux" et pour différents documentaires. De 1975 à 1977, elle réalise elle-même "laissez-moi au moins un peu de soleil" (un court-métrage au départ de dessins d'enfants sur le thème de la ville de demain), plusieurs courts métrages sur les camps de concentration et les déportés, et en 1977, elle achève son premier long métrage: "Au nom du Führer". 

Frans Buyens

Personnalité attachante, il a mené plusieurs activités parallèles de front, surtout à ses débuts. Il a ainsi écrit des nouvelles et des contes pour enfants. Pionnier de la SF flamande, il a, en outre, créé un théâtre satirique à Anvers. De 1963 à 1971, il fut professeur au RITC (l’équivalent flamand de l’INSAS).

Portrait de Frans Buyens à l’occasion de la rétrospective de son oeuvre aux 8èmes Rencontres Cinématographique de Dunkerque
Par Olivier Séguret - Libération, 13/10/94

« Buyens, moins mort que les autres »

 (...) « Oh! argent, dieu visible ! », fait dire Bresson à l’un de ses modèles, dans l’Argent, précisément. Et cette question de l’argent crucial, de l’argent haïssable, de l’argent qu’il faudrait, selon Jean-Marie Straub, supprimer, elle est au centre de la vie et de l’oeuvre de Frans Buyens, aussi sûrement qu’elle est éloignée de ses préoccupations artistiques. Parce que si aujourd’hui, à soixante-dix ans, Buyens est si peu connu, c’est d’abord à cause de l’argent. Certes, il l’a bien cherché. Nul autre que lui n’a si rigoureusement fui les honneurs et la fortune. Nul autre ne s’est entêté à rester si scrupuleusement modeste. La pratique du cinéma par Buyens est un véritable modèle d’ascèse économique. Il produit tout lui-même ; il est le propriétaire de toute son oeuvre et il continue de travailler dans une structure artisanale qui a tout simplement l’échelle d’une maison.Prospérer, oui. Faire fructifier les dividendes culturels et symboliques de son oeuvre, oui. Mais s’enrichir, c’est la dernière chose qu’il souhaite: la seule idée, tout bonnement, le dégoûte. En revanche, du travail, de l’art, du cinéma, Buyens en souhaite toujours plus, jusqu’à plus soif. Alors Buyens tourne: des films à la pelle, des documentaires comme s’il en pleuvait, des fictions plus rares, arc-en-ciel graciles dans la brutalité d’un paysage labouré par l’histoire et dévasté par la réalité.Parce que le premier matériau de Frans Buyens, c’est l’homme, son existence, son histoire, sa tragédie. Son sujet, c’est le sort de l’humanité tout entière, qu’il filme avec une obsession sans répit, une avidité inaltérable. Ce qu’il fixe droit dans les yeux, c’est notre incroyable XXe siècle, que le cinéma de Buyens interroge infiniment, cherchant à l’admettre, à le repousser, à le comprendre. Au coeur de ce siècle est planté l’Holocauste et Buyens ne s’en console pas: nombre de ses films sont un hurlement de rage autour de ce crime. A l’orée de ce siècle, il y eut aussi l’enfance de Buyens, pétrie dans une culture en voie d’extinction, celle du prolétariat flamand, des luttes syndicales, des révoltes de mineurs, de l’athéisme matérialiste, de la fierté populaire, de l’humilité vertueuse. Tout cela, Buyens ne l’a jamais trahi et son cinéma puise directement sa source à cet univers.Mais chez lui, rien ne relève jamais du calcul. C’est parce qu’il se pose quotidiennement mille questions humaines à propos de ces hommes dont il partage l’existence que Buyens les retrouve naturellement devant sa caméra. Il ne s’attaque ainsi qu’à des grands sujets apparents pour mieux en fouiller le détail humain ; il fait mine de s’atteler à de grands chapitres de l’histoire pour mieux les restituer dans leur familiarité singulière ; il s’estompe modestement derrière les faits sans jamais rien occulter de leur étrangeté et de leur mystère.Par un heureux retournement moral des événements, Buyens, au zénith de sa carrière, se retrouve ainsi désormais à la tête d’un véritable fonds d’images, de documents, de films, qui ont trait à des matières qui, tel un boomerang, un violent refoulé, reviennent à cent à l’heure sur le tapis de notre époque. Une pinacothèque d’une originalité totale dans laquelle on peut puiser des trésors d’informations, de visages et de réflexions. Surtout, ce fonds est comme son créateur: rien n’est jamais venu, ni compromissions ni renoncement, le corrompre. Il est donc inestimable.Voilà ce qu’on pourrait dire, dans un premier temps, de Frans Buyens. Mais ce faisant, on n’aurait rien dit ou presque. On aurait éclipsé la moitié de sa vie, celle qu’incarne sa moitié, justement: sa compagne, l’indispensable Lydia Chagoll, avec laquelle il travaille depuis plus de vingt ans. Ensemble, ils font tout: vie, amour, travail. Inséparables, ils fonctionnent à l’image de ces couples fameux du cinéma, depuis les frères Lumière jusqu’aux Straub-Huillet. Ils forment une sorte de monstre cinébicéphale, à moins qu’ils ne se partagent les deux hémisphères d’un seul et même ciné-cerveau: ils partagent bien leur cervelle panée au restaurant turc ! (...)                    

Extrait du catalogue des « Dixièmes Rencontres Cinématographiques de Dunkerke »

« Né en 1924 à Tamise (Temse), cinéaste flamand, véritable autodidacte, qui a derrière lui une longue carrière de documentariste commencée à la fin des années cinquante et essentiellement menée à la télévision. Il doit sa formation à ses lectures, aux personnes qu’il admirait et qui l’ont influencé. Il a écrit des pamphlets, des essais, de nombreux écrits politiques, littéraires et satiriques: combat pour l’antimilitarisme, contre le racisme, pour la libre pensée. Catalogué dès son premier long métrage comme documentariste engagé, cinéaste du réel, Buyens va très vite rendre ces étiquettes inopérantes et prétendre à un cinéma unique et personnel. Etranger à une théorie du cinéma, il crée depuis plus de trente ans une oeuvre inclassable où se marient fictions et documentaires en une interrogation poignante du devenir de l’homme. Cinéma de combat, nourri de révolte et de luttes sociales, il interpelle directement le spectateur en le confrontant à des valeurs humaines et sociales que le pouvoir tend systématiquement à occulter. » Parmis ses nombreuses réalisations:1958: « Glimlach Moeder » (l.m.) 1959: « Jean Jaurès » (c.m.)         « Frans Masereel » (c.m.)1962: « Vechten voor onze Rechten » /« Combattre pour nos droits »(l.m.)1963: « August Vermeylen (c.m.)1965: « Deutschland - Terminus Ost »/« Allemagne - Terminus Est »         « Mijn Moedertaal » 1966: « Fur Das Selbstbestimmungsrecht »          « DerVolker »1967: « Plus ou moins homme »( m.m.)1968: « Dialogues avec Vercors »1969: « J’aime le noir et le blanc » (m.m.)         « Frans Masereel » (c.m.) 1970: « In Liefde Bloeiende » (m.m.) 1971: « Open Dialoog » / « Breendonck, dialogue ouvert » (l.m.)          « Ieder van ons » / « Chacun d’entre nous » (l.m.) 1972: « Rik Poot » (m.m.)          « Paul Ghysbrecht » (m.m.)          « Walter Beckers » (m.m.)          « Hubert Buntinckx » (m.m.)          « Ernest Mandel » (m.m.)          Discussion et dialogues à Breendonck (série de 6 documentaires)         « Vrouw en Aarbeid » (l.m.)          « Racisme » (m.m.)1973: « Het Dwaalicht » / « Le feu follet » (fiction l.m.)1974: « Waar de vogeltjes hoesten » / « Là où toussent les petits oiseaux » (l.m.)1977: « Joseph Lacasse » (c.m.)          « Henri de Braekeleer » (c.m.)          « Frits Van Den Berghe » 1979: « Mechelen - Auschwitz » (m.m.)          « Un jour les témoins disparaîtront »1980: « Frans Masereel, Aspecten van zijn Werk » 1982: « Tijd om gelukkig te zijn » / « Du temps pour être heureux » (fiction l.m.) 1983: « Sarah dit ..., Leila dit ... » (fiction)1992: « Minder dood dan de anderen » / « Moins morte que les autres » (fiction)1993: « Tango Tango » (fiction l.m. coréalisé avec Lydia Chagoll)

1996: « Savoir pourquoi » (coréalisé avec Lydia Chagoll)

 

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