IMAJunior

 

Micha Wald

 

http://www.cinergie.be/entrevuefilmee

 

LES GALETS

CM 2000 - 35mm - coul. - 11 '

" Quelque part en Galicie Orientale, au début des années quarante. Elias, sept ans, son frère Schmulek et Mandeleh, dix ans tous les deux, passent la plupart de leur temps au bord d'un lac, à faire des ricochets et à se chamailler. Schmulek est le chef de la bande et Elias son souffre-douleur...Jusqu'à ce qu'Elias découvre le corps d'un rabbin flottant sur le lac. "

 

Rencontre

Discussion autour de ses projets et de son court-métrage les Galets projeté au Festival du film de Flandres et Media 10/10

 

Né en 1974 à Bruxelles. Diplômé de l’INSAS, Script, monteur et réalisateur.

 

Marie Renier : A l’âge de 28 ans, comment t’est née l’envie de te plonger dans un univers aussi dur que celui de la seconde guerre mondiale ?

Micha Wald: J’ai commencé par un premier court-métrage « La nuit tous les chats sont gris », à une époque où tout ce qui avait un lien avec le judaïsme ne m’intéressait pas. Durant mes années d’études à l’Insas, j’ai rejeté tout ça.

Puis au terme de mes études à l’ULB, en section Elicit (analyse cinématographique), j’ai rédigé un scénario pour mon mémoire de fin d’études, « Kozari ». Mon père m’avait donné une cassette audio avec le récit de la vie de son père. En l’écoutant, j’ai trouvé cette histoire très intéressante. Mon grand-père y parle de son rapport avec son frère, assez ambigu : ils n’ont cessé de se détester durant toute leur vie mais pourtant, n’ont fait que se suivre partout. Mon grand-père était un homme sérieux, travailleur tandis que son frère était un flambeur, un sorteur, un joueur. J’ai beaucoup travaillé sur ce rapport là.

Après avoir écrit ce scénario, le thème de la Shoah est devenu obsessionnel et compulsif. Maintenant, tout ce que je lis, écrit, y touche de près ou de loin. Mais parmi toutes les les thématiques qui en relèvent, c’est celle du mal qui m’intéresse. Comment devient-on un monstre ? Les chercheurs nazis, la construction des V1 et V2, la filière du Vatican,…

Au creux de la grande histoire, dans ce qui dépasse la Shoah, il y a un réservoir de récits très intéressants.

M.R.: N’est ce pas un motif pour atteindre une histoire familiale restée lointaine ?

M.W: Bien sûr. Avant de parler de soi, on doit faire un travail sur ses origines, ses racines.

Après avoir écrit « Kozari », j’ai réalisé « Les Galets », un court-métrage qui parle encore de la Shoah. Maintenant, je viens de finir d’écrire un autre court, « Alice et moi » où le héros vit des choses que j’ai vécu. J’ai un autre projet de long, « Raphaël Konianski », avec le même personnage, à trente ans, et qui me ressemble. Raphaël s’est séparé de sa femme et retourne vivre chez son père. Il a un fils et le grand-père raconte les horreurs qu’il a vécu pendant la guerre, avec obsession, à son petit fils. Son propre fils, lui, ne veut rien entendre car ça lui a détruit sa vie. Par contre, le petit-fils en est très avide. Contrairement au film « Les Galets », qui est une reconstitution, le thème de la Shoah est ici réintégré dans le présent.

 

M.R. :A la fin des Galets, le petit Elias dit : « de mon village, il ne reste rien, et je suis devenu adulte ». N’est ce pas une manière symbolique de parler de toi, de ton évolution  ?

M.W.: C’est vrai que ce film m’a permis de passer à autre chose, de devenir adulte, même si les thématiques de l’enfance et du rapport entre frères sont présentes dans presque tous mes projets et surtout dans « Kozari » dont j’ai presque terminé l’écriture et qui est la suite du court métrage Les galets. Il est en cours de pré-production, entre Arte et la Rtbf, et on devrait pouvoir commencer le casting l’année prochaine.  « Kozari » est une longue saga qui reprend l’histoire des deux frères. Elle commence en Pologne, puis passe à Anvers et enfin aux Etats-Unis. L’histoire se déroule du milieu des années 20 jusqu’aux années 60. C’est mon projet le plus avancé pour l’instant. C’est un projet ambitieux et coûteux.

L’autre projet de long, « Raphaël Koniansky » est une comédie un peu triste, une histoire familiale, contemporaine. J’ai un autre projet de court, qui est un début de ce long.

J’ai donc franchi un pas énorme : je suis passé du passé au présent et je ne pensais pas que j’y arriverais ! Bientôt, je pourrais peut-être même sortir du monde juif.

M.R.: Les galets, ton deuxième court-métrage,  est un récit en partie autobiographique. Pourtant le traitement très esthétisant donne un relief symbolique au sujet.

M.W.: J’ai voulu traiter du thème du paradis perdu, de l’enfance perdue. La belle image, le coté idyllique a pris trop d’importance. Les galets présente un monde assez fantasmé : c’est une Pologne mythique, idéalisée, une image d’un monde de l’enfance, brisé par le guerre et le mondes des adultes.

Pour moi, le contexte de la deuxième guerre reste un prétexte. On pourrait transposer cette histoire dans une autre guerre. Mais la Pologne me fascine car elle fait partie de mon identité. Il y a quelque chose qui me hante par rapport à la Pologne. Ce n’est pas les camps, le côté morbide, ce sont les paysages, une certaine tristesse, la nostalgie, l’ambiance,…

Raphaël Koniansky, se passe en Pologne, dans le monde contemporain. Dans « Kozari », je reste en Pologne mais je présente un monde plus nuancé, pas aussi simplifié que dans Les Galets. Il y a trois grandes époques, avec plusieurs lieux. Un petit village juif traditionnel mais aussi Cracovie qui est un monde urbain. Anvers est un monde complexe avec des résistants, des collaborateurs. Je rééquilibre ainsi ce côté idyllique qui a pris toute la place dans Les galets.

Avec Kozari et Les galets, je suis dans le tragique. Avec mes deux autres projets, Alice et moi ; Raphaël Koniansky, qui se déroulent dans le monde contemporain, j’explore une sphère plus absurde et drôle, au côté doux amer des névroses des générations juives anciennes.

Mais ni dans l’un ni dans l’autre, je n’aborde les atrocités des camps. Je travaille par ellipse.

Mon thème, ce n’est pas l’horreur, mais plutôt voir ce que la guerre, et celle ci en particulier, fait sur les enfants. Dans le long que je prépare, c’est encore plus flagrant, car le grand frère choisit le mal, il collabore. Il y a deux manières de survivre : l’un choisit la facilité et pourrit au contact du mal : l’autre reste intègre mais s’en sort mieux, même si c’est seulement dans sa tête mais pas dans la vie. Ce sont des questions en rapport avec le thème du traître et du héros : qu’est ce que j’aurais fait, moi, à leur place, à cette époque là ?

M.R.: Dans "Les galets", la guerre équilibre une situation d’injustice entre les deux frères.

M.W.: Une situation de guerre exacerbe, amplifie les phénomènes et révèle la vraie personnalité des gens. Les choix sont très importants et notre vie en dépend. Dans Les galets, le petit frère qui est plus sensible, honnête et proche de lui-même est mieux armé pour résister. Il cherche les réponses en lui-même. L’autre qui était un battant, voulait tout de la vie, est perdu et devient fou, il n’a plus d’armes en situation de guerre.

J’aborde ces questions du point de vue de l’enfance : la manière dont on grandit, l’éducation reçue, la manière dont on te protège du mal,… Car c’est plus simple de prendre la voie du mal et de ne penser qu’à soi. Tout d’un coup, quand le mal devient la norme, comment réagissent les gens ? J’écris actuellement pour un producteur une histoire sur d’un groupe d’enfants soldats au Tadjikistan. Le groupe se divise en deux : l’un continue à vouloir garder les valeurs de la société et l’autre décide de jouer à la guerre. Ils choisissent d’être libres, de ne faire que ce qu’ils veulent, deviennent comme des bêtes et ce comportement devient la norme du système.

 

M.R.:Comment te situes-tu par rapport à ton identité et la communauté ?

M.W.: J’ai vécu quelques mois aux Etats-Unis, au cours de l’année 2000, où je n’ai fréquenté que des juifs, des musiciens complètement névrosés. En rentrant ici, j’ai travaillé au CCLJ et je me suis plongé dans la vie communautaire. Maintenant, je m’occupe du mouvement de jeunesse de l’UPJB. Pour moi, ces expériences constituent un matériau de travail, je note. La communauté juive en Belgique est particulière, étrange, et ça ne me déplait pas d’y être investi. J’ai aussi un contact avec le monde non-juif, le monde du cinéma, mais qui une sorte de « famille » aussi.

Il est vrai qu’en passant d’un monde à l’autre, j’ai l’impression de changer de casquette. Par contre, le travail du scénario te renvoie toujours à toi.

 

M.R.: Quelles sont tes références cinématographiques ? T’inspires-tu des autres cinéastes juifs ?

M.W.: Mon modèle de référence, au cinéma, c’est  Il était une fois en Amérique. L’histoire se passe dans un milieu juif, avec des rites juifs, mais le judaïsme n’est pas traité dans sa particularité. Comme dans mon long, le monde juif est un contexte, avec une histoire qu’on pourrait transposer dans d’autres cultures.

Dans mon film, Kozari, il y a trois axes. D’abord, l’identité, où je me pose la question : « Qui est- on » ? Le personnage principal perd son identité et de là, il entreprend une quêté pour la retrouver. Le deuxième axe, c’est le mal, et puis enfin la fraternité.

Ce sont des thèmes universels qu ‘on pourrait transposer ailleurs. Le judaïsme n’est pas le thème mais plutôt le contexte. Est ce que je suis juif ? Est ce bien de l’être ? Est ce que je me sens bien d’être juif ? Le sionisme, une identité sans patrie, Israël, sont des thèmes auxquels j’ai réfléchi au mouvement de jeunesse mais qui ne m’intéressent plus maintenant. Je suis juif parce que je suis né juif et je n’y peux rien. Mais j’ai grandi dans un milieu où on ne mange pas comme tout le monde, où on des névroses particulières, un humour particulier, où on hérite d’une transmission orale lourde. Tout cela a des conséquences sur moi, ça habite ce que je fais mais je ne me dis pas « cinéaste juif ». Je suis cinéaste avant tout et à côté de ça je suis juif et je parle de ce que je connais. Je pioche dans ce qui m’entoure.

Peut-être que plus tard, je pourrais passer à autre chose…  

 

 

Filmographie  

LA NUIT TOUS LES CHATS SONT GRIS

CM - 12', 16mm, coul.

Réalisation et scénario : Micha Wald
Images : Jean-Paul Dezaeytijd
Son : Quentin Jacques
Interprétation : Bruno Marin, Annick Funtowicz, Angelo Bison, Karim Barras
Montage : Karima Saïdi et Philippe Bluard

Production : Latitudes Production avec l'aide du Centre du Cinéma et de l'Audiovisuel

"La nuit tous les chats sont gris" raconte l’histoire d’un jeune homme timide, sensible et peu sûr de lui, qui est amené, à perdre son journal intime dans un parc.La perte de ce journal va se transformer en quête initiatique à la recherche de son intimité dispersée.Elle va le mener jusqu’au bout de la nuit, de ses frayeurs et de ses questions à rencontrer l’autre.

Latitudes Productions, Rue des vingt-deux, 30-32 - 4000 Liège - T: 32/4/229 66 00 F: 32/4/229 38 30  E-mail : latitudes.production@skynet.be

 

LES GALETS

CM 2000 - 35mm - coul. - 11 '

 Production: To do Today avec l'aide du Centre du Cinéma et de l'Audiovisuel et les Télédistributeurs wallons.

" Quelque part en Galicie Orientale, au début des années quarante. Elias, sept ans, son frère Schmulek et Mandeleh, dix ans tous les deux, passent la plupart de leur temps au bord d'un lac, à faire des ricochets et à se chamailler. Schmulek est le chef de la bande et Elias son souffre-douleur...Jusqu'à ce qu'Elias découvre le corps d'un rabbin flottant sur le lac. "

To do Today Av. du Prince Héritier, 202 1200 Bruxelles Tél. 32 2 732 90 00 / 02 732 90 10 

 

 

 

 

© 2005 imaj.be     info@imaj.be     tel: +32 2 344 86 69