film

DIE STADT OHNE JUDEN (LA VILLE SANS JUIF)

Titre Original DIE STADT OHNE JUDEN
Titre traduit LA VILLE SANS JUIF
Réalisateur BRESLAUER
Hans Karl
Distribution
Production
Année 1924
Format Disque Dur Leitmann
Durée 80′
Langue MUET inter-titres en allemand
Musique
Distinction
Interprètes Johannes Riemann, Karl Thema, Anny Milety, Eugen Neufeld, Ferdinand Maierhofer, Mizzi Griebel, Hans Effenberger
Résumé Dans l’état d’utopia, les Juifs sont rendus responsables de la crise et leur déportation est décidée par le parlement. un mouvement pour le retour de Juifs se dessine… Dramatiquement prémonitoire en 1924, cette fantaisie, critique humoristique de l’antisémitisme, est perçue comme une provocation en ce temps d’agitation antisémite en Autriche. Hugo Bettauer, l’auteur de ce “roman de l’aprés demain”, comme il le baptise lui-même, sera assassiné en 1925 par un jeune nazi.
Diffusion
Droit 0
Festival
Genre
Auteur du Commentaire Adolphe Nysenholc – Pierre Dubuisson
Commentaire d’Imaj Dans le contexte historique actuel, où, parmi les haines qui se déchaînent sur les réseaux sociaux, l’antisémitisme a repris particulièrement force et vigueur, au point que les survivants à la Shoah craignent le retour des années de stigmatisation qu’ils ont connues dans l’avant-guerre et qui a conduit à l’extermination de plus de la moitié du judaïsme européen, la projection de La Ville sans Juifs paraît une entreprise de salut public. Fleuron de la culture autrichienne, cette œuvre cinématographique est un outil incomparable pour réaliser les objectifs visés par les enseignants désireux de combattre les préjugés. Le film retrouvé par hasard sur un marché aux puces fait rêver dès le départ, comme le Temps retrouvé dans des moments exceptionnels, dont parle Proust. Mais ici, il s’agit moins d’heureuse nostalgie que de prévenir un malheur qui menace de se produire. En tout cas, le cinéma est un moyen privilégié, surtout s’il est de qualité, pour toucher les nouvelles générations qui n’ont plus qu’une connaissance abstraite, voire très partielle, de la catastrophe qui a frappé le vieux continent avant elles. Faire vivre par l’image la discrimination qui peut conduire au pire est une excellente façon de faire comprendre que les êtres humains et une société pour exister au mieux ont besoin de compréhension mutuelle, d’entraide, sinon de camaraderie, voire d’amitié. Par ailleurs, organiser des projections qui reconstituent des séances du passé avec un orchestre live est peut-être la meilleure manière de rendre humains les gens du passé, car les jeunes, qui ont à construire leur avenir, ont tendance à se moquer de ce qui a été, par ignorance, et de voir en l’autre des caricatures, non des personnes comme eux. La musique d’accompagnement, qui sera assumée par le talentueux ensemble « L’Heure de Musique », le 26 janvier au Cinéma Palace (Bruxelles) sera là pour donner pleine vie aux sentiments des personnages. Le manque de connaissance sur la dictature nazie qui a ôté la liberté à de nombreux pays européens durant un lustre et la vie à d’innombrables concitoyens, singulièrement ceux qui ont été stigmatisés comme Juifs, fait qu’on assiste à une banalisation de l’idéologie du IIIe Reich dont le danger ne semble plus concret, et qui pousse néanmoins d’innombrables citoyens juifs, – qui revivent avec angoisse les signes avant-coureurs d’une nouvelle persécution, – à quitter leur pays et même l’Europe. La Ville sans Juifs, film muet marquant de 1924, est une métaphore emblématique de ce qui pourrait devenir réalité de nos jours, si on n’y prend garde. Et le projet de diffusion de cette œuvre ancienne restaurée rend un très grand service à toute la société, car on sait qu’on commence avec les Juifs et puis on continue avec tous les autres membres des communautés nationales : 6 millions pour les uns, 50 millions pour les autres. Les projections avec débats qui sont prévus dans différentes villes au cours de 2020 sont un moyen démocratique exemplaire pour lutter contre la barbarie, la discussion pouvant mettre en lumière les valeurs fondamentales des droits de l’homme.
Adolphe Nysenholc


En 1924, le réalisateur autrichien Hans Karl Breslauer tourne La ville sans juifs. Le maire d’une Vienne rebaptisée Utopia parvient à convaincre ses concitoyens que les juifs sont à l’origine de tous leurs maux, et les fait violemment expulser. Avant de se rendre compte qu’il a privé sa ville d’une part de sa vie. Adaptation du livre d’Hugo Bettauer, le film La Ville sans Juifs est une véritable satire de l’antisémitisme. Aujourd’hui, on appellerait cela une dystopie : un film d’anticipation destiné à souligner et prévenir une tendance malfaisante dans la société. Non seulement Bettauer et Breslauer avaient vu juste, mais la dystopie s’est transformée en une tragédie bien réelle. Dans le film, on assiste à l’arrivée au pouvoir en Autriche d’un chancelier antisémite, qui décide de chasser tous les juifs du pays, une décision chaleureusement applaudie par les non-juifs. Victimes de nombreuses exactions (représentées à avec toute la panoplie de l’expressionnisme), les juifs finissent par quitter le territoire non sans une petite intrigue amoureuse à la Roméo et Juliette au passage. Très vite cependant, on s’aperçoit du rôle que les juifs remplissaient à tous les niveaux de la société. La version originale de cette dénonciation de l’antisémitisme des années 20 avait été perdue. Seule subsistait dans les archives autrichiennes une copie amputée de nombreuses scènes, datant des années 30. Jusqu’à la découverte fortuite d’une nouvelle version par un collectionneur, en France, il y a un an. Pour restaurer cette pellicule en très mauvais état, la cinémathèque autrichienne a fait appel aux dons. Il fallait trouver 75 000 euros. Selon un porte-parole de la cinémathèque cité par le Guardian, la campagne a véritablement décollé après l’élection de Donald Trump, avec le don important d’une fondation juive anonyme depuis les Etats-Unis. Les contributions venant d’Autriche ont également doublé après la défaite à l’élection présidentielle du candidat de l’extrême-droite, Norbert Hofer. Résultat, un objectif rempli à 112% avec une cagnotte de 86 000 euros, s’est félicitée la cinémathèque autrichienne. Elle a pu donner une seconde jeunesse à ce qui est pour elle le film muet “le plus important” du cinéma autrichien. “Cette version, c’est le chaînon manquant, il y a beaucoup plus de scènes à valeur documentaire illustrant la vie des juifs de Vienne entre les deux guerres, et un message plus fort car l’antisémitisme est montré dans sa brutalité, à travers des scènes de persécution, de pogroms”, selon son directeur des collections. L’exil ou la mort seront le sort, à partir des années 1930, de plusieurs acteurs juifs du film de Breslauer. Hugo Bettauer, l’auteur du livre dont le film était une adaptation, sera assassiné en 1925 par un militant nazi. Le réalisateur a eu un destin différent : adhérent au parti nazi en 1940, il est mort en 1965. «C’était le premier film au monde à montrer l’expulsion des juifs, qui est devenue une réalité quelques années après avec ses conséquences politiques et sociales», affirme un communiqué de l’institution responsable de la restauration de ce film. Pour elle, la séquence manquante a jeté la lumière sur les connotations antisémites «impitoyables» du film. Il est maintenant possible de présenter ce film qui a plus de 90 ans dans une version presque complète et authentique», a annoncé l’Archive nationale autrichienne. “Dans l’ensemble, le message politique du film et la représentation de l’antisémitisme meurtrier à Vienne à la suite de la Première Guerre mondiale sont maintenant beaucoup plus clairement articulés”, a déclaré l’archiviste.
Pierre Dubuisson

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