SHOAH

Le film Shoah, pour ma génération née après la guerre, a été un puissant révélateur. Tout ce que nous ne pouvions pas exprimer de ce qui nous avait été transmis dans le silence et la honte:: la culpabilité, la déportation, les assassinats de masse,était énoncé sur l’écran. Des témoins directs (rescapés des camps, Polonais voisins des centres d’extermination) nous parlaient. Le film que nous avons vu avec passion était une première échappée hors de la honte et avait valeur de soulagement thérapeutique. Quelque trente ans plus tard, ce film pionnier a-t-il toujours les mêmes pouvoirs?


L’avis d’IMAJ, par Béatrice Godlewicz

Lorsque le film Shoah de Lanzmann est sorti, j’approchais de la trentaine. Pour ma génération née après la guerre, qui a été profondément marquée dans sa chair par le silence et la honte, ce film a été un puissant révélateur. Tout ce que nous ne pouvions pas exprimer de ce qui nous avait été transmis dans un mutisme assourdissant était énoncé dans le film : la culpabilité des victimes survivantes, leurs meurtrissures nées de la déportation, leurs cauchemars hantés par les assassinats de masse. Tout était objectivé sur l’écran par des témoins directs: rescapés des camps, Polonais voisins des centres d’extermination, collaborateurs et anciens nazis ou résistants.
Le film était en résonance avec ce dont nous avions été imbibés, nourris que nous fûmes dans la démesure d’une surprotection de nos parents, mais aussi paradoxalement dans leur entière indifférence à nos « petites » souffrances. Le film que nous avons vu avec passion était une première échappée hors de la honte et avait valeur de soulagement thérapeutique.
Quelque trente ans plus tard, ce film a-t-il toujours les mêmes pouvoirs ?
Je connais en tout cas peu de jeunes qui se lancent dans la vision de cette oeuvre puissante et longue comme s’il s’agissait d’une montagne à gravir trop pénible, comme si sa recherche de la réalité, dont ne subsiste que peu de traces, entraînait dans un labyrinthe trop compliqué. D’autant qu’il existe, depuis sa sortie en 1985, des courts métrages très bien réalisés et que l’on peut insérer dans une heure de cours scolaire.
En effet, la parole sur le génocide perpétré contre les Juifs s’est libérée, l’histoire a intégré cette période, les médias en ont usé, voire abusé..
Celui qui veut, sait, regarde, entend, qui des films, qui des témoignages, qui des ouvrages.
Alors ce film monumental de 9 heures, certes un chef-d’oeuvre du genre, dont le titre  » Shoah » a fini par désigner dans le langage courant le judéocide, a perdu de sa singularité, noyé dans la masse d’iinformations et d’oeuvres sur cette époque, inspirées d’ailleurs souvent de son esprit et de sa méthode. C’est le sort d’un classique, d’un travail de pionnier, d’une oeuvre de référence. Et qui reste incontournable.

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