THE QUARREL

Nous sommes en 1948, à Montréal. Chaïm Kovler, un écrivain yiddish, hanté par le souvenir de sa famille et des amis qu’il a perdus durant la Shoah, il rencontre à Mont Royal un groupe de Juifs orthodoxes célébrant Rosh Hashanah. Il reconnait son ancien ami Hersh Rasseyner. Quinze ans auparavant, en Pologne, ils étaient les meilleurs amis mais quand Chaïm quitta la vie orthodoxe, il s’en fut fini de leur amitié. Trois ans après le génocide ils se retrouvent avec beaucoup d’émotions. Et bientôt, en partageant leurs souvenirs et opinions, ils se querellent. Descendant d’une illustre lignée de rabbins, Hersh a survécu grâce à sa foi dans la tradition juive alors que Chaim a décidé de mettre sa foi dans l’humain.


L’avis d’IMAJ, par Béatrice Godlewicz

« Peut-on (encore) croire en dieu après la Shoah ? » est la question que pose le film réalisé par Eli Cohen. Malgré des faiblesses et certaines lourdeurs dans la mise en scène, le film réussit le pari d’être « cinématographique ». Rien de plus difficile que de mettre en scène deux personnes qui dialoguent sur une question philosophique.
Deux anciens amis de la Yeshiva* de Bialystok se retrouvent, par hasard, dans un parc à Montréal, en 1948, le jour du nouvel an juif – Rosh Hashana. À peine les deux amis se reconnaissent-ils que leurs différences et divergences resurgissent.
Chaïm Kovler, joué par l’acteur canadien R.H Thomson, est devenu un auteur célèbre, invité à Montréal pour y donner une conférence. Il est surpris de reconnaitre Hersh Rasseyner, son ami de jeunesse et fils du rabbin qui dirigeait la Yeshivah à Bialystok, avant-guerre. Hersh s’avèrera avoir suivi la voie de son père. 15 ans ont passé et après les premières émotions de ces surprenantes retrouvailles, les rancunes et reproches émergeront comme si le temps s’était arrêté.
Les deux amis d’enfance, à travers leur querelle sur la responsabilité dans les crimes commis durant la guerre mettront à jour aussi leur culpabilité d’avoir survécu. Hersh Rasseyner devenu lui-même chef d’une Yeshiva à Montréal donne les arguments bien connus : la Shoah est arrivée en raison des péchés commis par les Juifs, parce qu’ils n’ont pas suivi les préceptes religieux et ont voulu s’assimiler. Sans Dieu, qui peut décider du bien et du mal ? dit Hersh.

Chaïm Kovler, lui, a quitté la Yeshivah et la pratique religieuse bien avant la guerre alors qu’il était pressenti pour être le successeur de cette Yeshiva par le père de Hersh qui le considérait comme le plus brillant de ses élèves.
Chaïm, que les arguments de son ancien ami rendent fou de colère, impute la seule responsabilité de ces crimes aux hommes. Si Dieu existe, pourquoi a-t-il permis l’assassinat d’un million d’enfants ? dit Chaïm. La morale existe sans Dieu. Des non-Juifs en dépit des risques qu’ils encourraient ont sauvé des Juifs. L’humanité réside dans tout individu qu’il soit juif ou non.

Les arguments se veulent équilibrés de part et d’autre.
Chacun des deux protagonistes est hanté par ce passé sans tombes, cet abyme d’où ils ne peuvent demander pardon de n’avoir pas aidé les leurs à rester en vie.
Chacun campera sur ses positions. Peut-être y aura-t-il plus de compréhension sur les choix et les décisions de l’autre. L’amitié sera-t-elle plus importante que leurs oppositions ? Hersh met ses phylactères, le coucher du soleil signalant l’heure de la prière tandis que Chaïm s’éloigne.
Ce dialogue entre deux positions philosophiques sur l’origine du Mal a commencé très vite après la Shoah. Ce film pose plus de questions qu’il n’y répond et de ce fait, donne accès à plusieurs pistes de réflexion – la culpabilité versus la responsabilité; vivre avec des personnes qui ont d’autres valeurs; la place de Dieu. Ce film constitue une belle introduction à un débat en classe.
Chaïm Grade, l’auteur yiddish du récit a rédigé ce dialogue en 1954. Chaïm Kovler est sans nul doute son avatar. Tout comme son personnage, il a quitté la Yeshiva et est devenu un écrivain yiddish célèbre résidant à New York.

* Yeshiva, école supérieure rabbinique

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