LA VITA E BELLA – La vie est belle

Guido, un juif italien de Toscane s’est marié dans les années trente avec Dora, une non-juive. Ils ont eu un fils, Giosue. Pendant la guerre, Guido et Giosue sont déportés dans un camp de la mort. Selon sa propre volonté, Dora les accompagne. Elle survivra à la guerre, ainsi que son fils, mais Guido figurera parmi les 6 millions de juifs qui ont péri.
Le sujet même du film, et de la controverse qui l’entoure, est la façon dont Guido tente de protéger son fils de la mort. Afin qu’il survive, il lui raconte que la déportation, les camps de la mort et les horreurs sont tous des épreuves appartenant à un étrange jeu, excitant même. Un jeu dont les nazis ne sont que des fonctionnaires chargés de faire « respecter les règles »…

Grand Prix du Jury (Cannes ’98)


L’avis d’IMAJ, par Adolphe Nysenholc

En 1938, Guido est un jeune homme juif flamboyant, plein de vie et de panache, animé d’un amour fou pour Dora, une jeune institutrice. Celle-ci, promise à un haut fonctionnaire de l’Italie fasciste, est finalement séduite par la fantaisie, l’humour et la tendresse de Guido. Le couple a un fils, Giosué. Pendant toute la première partie du film, rien ne nous indique que Guido et son oncle sont juifs. Il faut pour cela attendre la mauvaise blague jouée au cheval de l’oncle peint en vert et tagué du mot « ebrei ».
La petite famille est déportée dans un wagon bondé vers un camp de la mort. Dora, non-juive, qui avait décidé de partager le destin de son homme et de son enfant, avait sauté dans le train pour les rejoindre.
Le camp où pénètre le train est visiblement un décor, certes inspiré d’Auschwitz, mais sans être une copie conforme (il combine une silhouette semblable au portique de Birkenau et des bâtiments en dur comme dans la caserne d’Auschwitz I, avec une cour intérieure qu’il n’y avait pas dans les baraquements en bois de Birkenau). Les Américains y libèrent le camp, alors qu’en réalité ce furent les soviétiques de l’Armée rouge. Cacher un enfant dans un camp d’extermination où il était le premier à être dirigé vers la chambre à gaz, est invraisemblable, même s’il y a eu de rares cas attestés (notamment pour les expériences médicales).
Cette liberté prise avec la géographie et avec l’Histoire induit que le réalisateur ne raconte pas un récit réel, mais qu’il se sert de la réalité du camp pour fantasmer une histoire destinée à délivrer un message de vérité d’un autre ordre.
En effet, grâce à la présence de l’enfant, Benigni va pouvoir évoquer l’horreur du camp, non en montrant des corps étiques et des cadavres emmêlés, comme dans les documentaires, mais parce que le petit pose des questions naïves qui mettent en évidence de manière inédite la déshumanisation programmée par les nazis.
Le coup de génie est d’avoir eu l’idée que le père, par amour, présente cette situation comme un jeu. Et là ce comédien donne toute sa mesure. Il est un grand clown qui se surpasse pour donner au petit l’image d’un battant, d’un homme qui lutte pour survivre et qui reste ‘joyeux’. Il joue le grand jeu. Il invente que si on gagne la partie, la récompense sera un vrai char d’assaut. On a des scènes magnifiques où un père désespéré doit se surpasser pour préserver son fils du malheur, pour qu’il continue à vivre dans son imaginaire d’enfant. Et il est donc acculé, non à mentir, mais à affabuler. L’auteur Roberto Benigni parle lui-même d’une fable, d’un conte philosophique. Il donne une leçon de vie, non par des discours, mais par son attitude exemplaire. Il est résilient par amour.
Ce n’est pas un hasard si ce film a donné lieu à des dossiers pédagogiques. Il est une mine pour transmettre la mémoire sans que ce ne soit un pensum.
On admire Benigni pour le talent qu’il déploie, pour son ingéniosité dans ses répliques car le petit le prend continuellement au dépourvu, et, comme père, il fait preuve d’une imagination hors du commun pour présenter les épreuves qui les accablent, comme des épreuves du jeu. Il atteste une grande affection pour son enfant, qu’il protège contre les horreurs du camp. Ainsi, il lui dit que s’il pleure, se plaint qu’il veut sa mère, ou dit qu’il a faim, il va perdre des points. Bref, il arrive à « éduquer » son fils, à ce qu’il soit sage, à ce qu’il ne se fasse pas repérer, grâce à ce règlement ludique.
Emmené pour être exécuté, il maintient la fiction du jeu en marchant délibérément de façon exagérée selon une parodie du pas de l’oie (comme Charlot dans le camp du Dictateur).
La finale est exceptionnelle : la mort du clown est tragique. Elle prouve que c’était une comédie en apparence, qu’en fait il ne riait pas du tout. Le sacrifice du père permet la survie du fils. C’est un clown sauveur. Si le Christ sauve l’humanité, Guido sauve son fils, mais qui sauve une vie sauve l’humanité.
Benigni avait une forte motivation pour réaliser son œuvre, car son père était interné à Bergen-Belsen.
Peut-on rire de tout ? On voit bien que Benigni ne rit pas de la Shoah mais malgré elle. Il y a une angoisse de mort, et c’est converti en un gage de vie, par amour pour son enfant.
C’est cela la magie de l’humour.
L’humour sauve. L’humour est amour.
NB :
La vita è bella étant un film de fiction, il est important de visionner aussi des documentaires fondés sur des témoignages de survivants qui ont vraiment vécu dans les camps.

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