TRACES

La communauté juive de Ciechocinek, en Pologne, a été entièrement anéantie pendant la Shoah. Deux générations plus tard, une personne se lance dans une quête visant à rétablir une connexion familiale brisée aussi par le rideau de fer. Elle cherche des informations sur la famille disparue de son grand-père et tente de localiser les descendants de sa tante, connue pour avoir quitté la Pologne avant la guerre. Cette recherche l’emmène à Ciechocinek, où toutes les traces de toute présence juive ont été effacées. Mais aujourd’hui, Internet fournit un nouveau type d’outil pour suivre les parents …

The Jewish community of Ciechocinek, Poland, was entirely annihilated in the Holocaust. Two generations later, one person sets out on a quest to re-establish a family connection broken by the Holocaust and the Iron Curtain. She seeks information on her grandfather’s vanished family and tries to locate the descendants of his aunt, known to have left Poland before the war. This search takes her to Ciechocinek, where all traces of any Jewish presence have been erased. But today the Internet provides a new kind of tool for tracing relatives…


L’avis d’IMAJ, par Adolphe Nysenholc

« Traces » est un mot fétiche pour les survivants de la Shoah. Les nazis ont voulu effacer un peuple de la terre, mais subsistèrent de leur forfait des indices, à quoi vont se raccrocher ceux qui y échappèrent, et leurs descendants, pour se reconstruire. Irina Zonabend, enfant de la seconde génération et jeune juive russe assimilée, est dépositaire ainsi d’une précieuse liste de noms manuscrite laissé par son grand-père. Il s’agit de l’arbre généalogique de sa famille entièrement disparue en Pologne, à Ciechocinek. Elle va tout faire pour essayer d’en retrouver l’un ou l’autre membre, des fois qu’il y en aurait encore en vie, ou au moins mettre un visage sur ces noms. Son parcours est exemplaire : elle montre tous les documents qu’elle a consultés (des livres, Jewish Roots in Poland, des pages de sites généalogiques, grâce à l’un d’eux, elle découvre des gens de Cechocinek, leur écrit par e-mail et reçoit des réponses qui l’encouragent dans sa quête : l’un était un ami très proche de David Zonabend, un grand-oncle, et une autre envoie même une photo de la maison familiale. Quel espoir ! Irina décide d’aller la visiter. Passant par Varsovie, elle apprend par un catalogue de la Lauder Foundation (qui aide à retrouver ses racines en Pologne), que les Zonabend y géraient un magasin de confection. Dans les archives de Ringelblum, il y a un écrit en yiddish sur ce qui s’est passé avec les nazis à Cechocinek, où elle se rend par la route. Elle se rend compte, à travers des cartes postales anciennes, que cette petite ville pittoresque était le spa le plus apprécié de Pologne, situé au bord de la Vistule, comparé à la Côte d’Azur, visité par des touristes venus de partout. A la Mairie, la fonctionnaire n’a plus aucun documents sur les juifs d’avant-guerre (et actuellement il n’y vit plus qu’un Juif, Adam, le dernier de la ville). Elle dit qu’elle ne sait pas qu’il y avait une synagogue. Les Juifs, qui ont contribué au développement de la ville, n’y ont aucun mémorial, complètement oubliés. Mais dans les registres de l’école, sont encore consignés les noms de trois Zonabend, avec des détails (dates de naissance, les absences nombreuses, sans doute que les enfants devaient aider dans le commerce, etc.) Les membres de la famille prennent peu à peu vie. Le directeur de l’établissement scolaire lui montre une photo de classe sur laquelle ils devaient figurer, mais impossible de les identifier parmi les élèves. Leurs noms resteront sans image. A travers des photos d’époque, Irina peut voir les arrestations des juifs, leur déportation, parmi lesquels aussi se trouvent probablement les siens, et au milieu de qui, prend-elle conscience, elle aurait pu se trouver si elle avait vécu à cette époque. Elle retrouvera la trace de sa grand-tante, Bracha Hildesheim, qui avait émigré en Palestine en 1923, où elle échappe à l’Holocauste, et dont elle finit par rencontrer en Belgique le fils. Celui-ci montre la photo de sa propre mère, dont le visage est dévoilé à Irina pour la première fois ! Enfin le lien est rétabli avec le premier Zonabend jamais rencontré. La famille est comme recomposée. Le documentaire est un modèle d’enquête cinématographique