HANNAH ARENDT (2012)

La controverse dépeint Hanna Arendt durant les quatre années (1960-64) pendant lesquelles elle a fait le compte-rendu, écrit, et supporté l’accueil violent réservé à son travail sur le procès d’Adolf Eichmann: le célèbre criminel de guerre nazi enlevé par les israéliens en Argentine puis jugé et condamné à mort à Jérusalem. Arendt a écrit « Eichmann à Jérusalem : rapport sur la banalité du mal» tout d’abord sous forme d’une série en cinq parties pour le New Yorker, avant d’être publié en livre. Ce rapport a immédiatement provoqué un scandale international.

A look at the life of philosopher and political theorist Hannah Arendt, who reported for The New Yorker on the war crimes trial of the Nazi Adolf Eichmann.


L’avis d’IMAJ, par Agnès Bensimon

Le film dresse un portrait de la philosophe juive-allemande, exilée aux USA depuis 1941, Hannah Arendt, au moment où s’ouvre, en Israël, en 1961, le procès d’Adolf Eichmann, officier SS, organisateur de « la solution finale ». Envoyée à Jérusalem par The New Yorker, cette intellectuelle respectée, auteure d’un ouvrage reconnu, Les origines du totalitarisme, signe une série de 5 articles publiés en mai 1961, qui soulèvent une virulente controverse. Eichmann n’est pas un monstre, affirme-t-elle, mais un clown minable, incapable de penser et qui se réfugie derrière une obéissance aveugle aux ordres. De surcroît, Hannah Arendt épingle le rôle des « Conseils Juifs » dans les déportations des communautés juives d’Allemagne et de Pologne. Ces articles serviront de matériau pour son essai Eichmann à Jérusalem. Rapport sur la banalité du mal, rédigé quelques semaines après la pendaison d’Eichmann, en mai 1962. Le film montre le cheminement de la pensée d’Hannah Arendt et son combat pour faire valoir ses analyses, fût-ce au risque du désaveu d’une grande partie de son entourage et du monde juif.
La réalisatrice, Margarethe von Trotta ne cherche pas à masquer l’admiration qu’elle voue à Hanna Arendt, superbement interprétée par son actrice fétiche, Barbara Sukowa. Elle magnifie l’esprit libre d’une femme qui voyait beaucoup plus loin que pas mal d’intellectuels et de politiques de son temps. Représenter à l’écran une pensée philosophique en gestation est un exercice difficile. La mise en scène, académique dans sa forme, est trop volontiers didactique. Toutefois, grâce à une rigoureuse documentation historique, le film replace la femme et sa pensée dans le contexte des années ’60, explosif et polémique. Il suscite l’envie de nous intéresser au procès Eichmann, de lire ou relire l’œuvre d’Hannah Arendt et reste de ce point de vue un excellent film d’Histoire.
Public à partir de 14 ans