LES HERITIERS – Once In A Lifetime

Inspiré de faits réels. Une classe du lycée Léon Blum, en banlieue, remporte le Concours national de la résistance et de la déportation. La professeure avait lancé le défi d’obtenir le meilleur de ses élèves réputés difficiles en les faisant plancher sur la Shoah !


L’avis d’IMAJ, par Agnès Bensimon

Les héritiers ? Ce sont les élèves d’une classe de seconde du lycée Léon Blum de Créteil, une grande ville de banlieue, au sud-est de Paris qui, à l’initiative de leur professeure d’histoire et contre toute attente, acceptent de participer au Concours national de la résistance et de la déportation. Le thème ? « Des enfants et des adolescents dans le système concentrationnaire nazi ». Le choc ? La rencontre avec un témoin vivant, déporté à leur âge, quelque 70 ans plus tôt. Le résultat ? A force de travail, en dehors des heures de cours, d’étude et de recherches en groupe, la classe, portée par la confiance inébranlable de leur enseignante, remporte le concours. Ainsi peut-on résumer le film de Castille Mention-Schaar, au risque d’en réduire la portée à une fiction convenue et pleine de clichés, ce qu’il n’est pas.
Le scénario est inspiré de faits réels : la classe de seconde du lycée Léon Blum a effectivement remporté, en 2009, le Concours national de la résistance et de la déportation. La professeure d’histoire-géographie, épaulée par la documentaliste, a réellement lancé le défi, contre l’avis du Proviseur, d’obtenir le meilleur de ces élèves réputés difficiles en les faisant plancher … sur la Shoah ! L’un d’eux, Ahmed Dramé, touché au cœur par l’expérience unique vécue, écrit un scénario de 60 pages racontant cette histoire. Durant son année de terminale, il contacte Marie-Castille Mention-Schaar dont il a vu le film Ma première fois, pour lui demander de lire son scénario.
Les circonstances prévalant à la naissance du film tiennent déjà presque de la fiction, sinon du miracle: Ahmed Dramé co-signe le scénario des « Héritiers ».
La réalisatrice opte pour une mise en scène presque documentaire et immersive. Les comédiens semblent plus vrais que nature, ainsi Ariane Ascaride, dans le rôle de la professeure d’histoire et Ahmed Dramé dans celui de son double, le jeune Malik.
Le film s’ouvre sur une séquence qui installe le film dans l’actualité. Une jeune fille portant un foulard se présente au lycée pour retirer son attestation de succès au baccalauréat. Durant toute sa scolarité elle s’en était abstenue, respectueuse du règlement. Ce jour-là, pensant qu’il s’agit d’une formalité administrative, elle ne comprend pas le refus de la direction de l’établissement de la laisser pénétrer à l’intérieur. Une vive altercation s’ensuit, sans que la caméra induise de jugement.
Après ce préambule, elle nous introduit dans le cours d’histoire de Madame Gueguen, avenante mais assez ferme pour pouvoir « tenir » cette classe multiethnique et multiconfessionnelle. Elle se montre soucieuse de leur insuffler de l’espoir : « Il y a un monde de l’autre côté du périph et vous y avez votre place », malgré leurs mines désabusées. Mais le pivot du film survient quand elle invite ses élèves à entrer dans la grande Histoire en leur proposant de participer à un concours national sur le thème des « enfants et adolescents dans le système concentrationnaire nazi ». « Madame, y’en a marre de la Shoah ! » « Pourquoi on parle toujours des Juifs ? ». C’était loin d’être gagné. Patiemment, elle déjoue les obstacles qui freinent son objectif d’obtenir la participation des lycéens au concours. « L’histoire, il ne faut pas l’apprendre, il faut la comprendre » explique-t-elle.
La rencontre avec Léon Zyguel, un ancien déporté du camp de Buchenwald, est capitale. Emu de se retrouver confronté à une trentaine d’ados, il entreprend de raconter ce qu’il a enduré, à leur âge. « Ne dites jamais « sale Juif », « sale Nègre », « sale Arabe », car tout ce que j’aurai vécu n’aura servi à rien ». Silence, larmes, du jamais vu dans cette salle de classe. Les élèves se plongent alors dans les documents qui racontent le martyre de ces jeunes d’un autre temps mais dans lesquels ils se retrouvent. Leur regard sur ce pan de l’histoire a changé du tout au tout. Surtout, ils accomplissent un travail d’équipe qui les soude, les renforce, leur donne cet espoir dont ils se croyaient dépourvus et qui, enfin, les mène au succès. Au terme de tout ce processus, ils ont pu prendre conscience de quoi ils étaient les « héritiers ». Pour combien de temps ? Nul ne sait. Mais au moins l’un d’entre eux, le jeune Ahmed Dramé, a poursuivi cette réflexion en écrivant un scénario et en faisant la démarche de contacter une réalisatrice.
Ce film est à plus d’un titre un authentique outil pédagogique pour aborder l’histoire de la Shoa auprès d’une partie de la jeunesse car il leur parle d’aujourd’hui et de leur lieu.

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