HA’HOV – La Dette

Parfois mieux qu’un documentaire, la fiction permet de pénétrer au cœur même du cauchemar de froide monstruosité qu’a constitué la machine à détruire l’humain inventée par le régime nazi. Ha’hov prend ainsi pour point de départ les atrocités médicales telles qu’elles purent être perpétrées en toute impunité à Auschwitz par l’équipe du Dr Mengele.


L’avis d’IMAJ, par Jack P. Mener

Ce thriller dramatique sur fond de Shoah, tourné en 2007 par le réalisateur israélien Asaf Bernstein, a fait l’objet d’un remake américain en 2010 réalisé par John Madden avec Helen Mirren.
Dans la première version, le rôle principal est tenu par Gila Almagor, vedette confirmée du théâtre et de l’écran en Israël et même à l’étranger (L’Eté d’Aviya, Munich). Elle incarne ici un ancien agent du Mossad, élevée avec deux de ses collègues au rang de héros nationaux pour avoir éliminé en 1965 Max Brenner, l’ancien nazi surnommé le « Chirurgien de Birkenau », qui s’était refait une identité comme gynécologue à Berlin. L’affaire rebondit 30 ans après lorsque ses anciens collègues la recontactent suite à la parution d’un article dans un journal local ukrainien révélant que le monstre serait encore vivant. Pour éclaircir le mystère et sauver leur honneur en achevant définitivement ce fantôme ressurgi du passé, les trois prennent l’avion pour Kiev. L’opération ne va pas se passer exactement comme prévu.
Ce suspense n’est pas à proprement parler centré sur la Shoah mais l’évoque en filigrane à travers la mission dont se sont investis les services secrets israéliens de pourchasser les grands criminels de guerre nazis et de les châtier. Ici, non pas de façon spectaculaire et au titre de leçon d’histoire et de mémoire pour les nouvelles générations comme ce fut le cas pour l’enlèvement, le procès et l’exécution d’Adolf Eichmann, mais de façon plus discrète. La mission héroïque des trois agents chargés d’éliminer le Chirurgien de Birkenau ayant tourné en bavure, la mener à un terme définitif soulève des questions morales, juridiques et politiques conduisant les protagonistes à la conclusion qu’il est préférable de ne pas porter l’apurement de cette dette sur la place publique. Le scénario, donc, tout en n’éludant pas la monstruosité des crimes du bourreau qu’ils traquent, laisse place à des débats de conscience entre les membres du commando punitif qui échappent au manichéisme et à la simplification des idées.
Film à petit budget, son réalisateur Asaf Bernstein réussit néanmoins pour son premier long métrage de cinéma, en dépit de quelques invraisemblances, à maintenir l’intérêt du spectateur et à dépasser la simple facture d’un film de divertissement. Ses interprètes masculins y contribuent par un convaincant accent de vérité et la prestation d’une Gila Almagor en extrême fin de carrière, y fait preuve, en dépit d’une certaine raideur, de sa grande maîtrise du métier.