film

UN VIVANT QUI PASSE – SOBIBOR, 14 OCTOBRE 1943, 16H

Titre Original UN VIVANT QUI PASSE – SOBIBOR, 14 OCTOBRE 1943, 16H
Titre traduit
Réalisateur LANZMANN
Claude
Distribution
Production Les films Aleph
Historia Films
Ministère de la C
Année 1997
Format DVD
Durée 65′
Langue Fr.
Musique
Distinction
Interprètes
Résumé Un homme a vu Auschwitz. Il était employé de la Croix Rouge. Il y est allé à ses risques et périls. Franchissant les barrages avec des backchich. Il a été reçu par le commandant du camp, de sinistre mémoire. Avec courtoisie, rapporte-t-il. Il avait comme prétexte de venir offrir des médicaments. Il a aperçu de loin des hommes squelettiques, mais ne se doutait pas de l’immense masse des gens massacrés là-bas. Il n’a pas vu de cheminée ni senti de la chair brûlée : le vent ne soufflait pas de son côté. Et il est reparti sans avoir vraiment pu visiter. Il n’a rien vu à Auschwitz. C’était en 1943, où l’usine de mort fonctionnait à plein rendement. Claude Lanzmann interroge l’employé de la Croix-Rouge qui, en plein judéocide, a visité Auschwitz et Theresienstadt, sans en avoir rien vu. Le CICR n’en aurait rien su. Deux films réalisés à partir des rencontres faites lors de la réalisation de Shoah.
Diffusion
Droit 0
Festival
Genre
Auteur du Commentaire Adolphe Nysenholc
Commentaire d’Imaj Un homme a vu Auschwitz. Il était employé de la Croix Rouge. Il y est allé à ses risques et périls. Franchissant les barrages avec des backchich. Il a été reçu par le commandant du camp, de sinistre mémoire. Avec courtoisie, rapporte-t-il. Il avait comme prétexte de venir offrir des médicaments. Il a aperçu de loin des hommes squelettiques, mais ne se doutait pas de l’immense masse des gens massacrés là-bas. Il n’a pas vu de cheminée ni senti de la chair brûlée : le vent ne soufflait pas de son côté. Et il est reparti sans avoir vraiment pu visiter. Il n’a rien vu à Auschwitz. C’était en 1943, où l’usine de mort fonctionnait à plein rendement. Le même a visité Theresienstadt. En juin 1944. Là officiellement pour la Croix-Rouge internationale basée à Genève. Les Allemands, dans un but de propagande, avaient pendant des mois maquillé une partie de la ville-forteresse : repeinte, nettoyée, en y installant des Juifs raflés qu’ils avaient bien habillés et bien nourris. Ces derniers terrorisés n’ont pas osé émettre le moindre petit son pour dire qu’il s’agissait d’une mascarade qui camouflait la réalité de l’extermination. Peu après son départ, les gens mis en scène pour cette sinistre comédie furent envoyés en nombre à Auschwitz comme ceux qui les précédaient et les suivront. Dans son rapport, qui devait être descriptif, il estime qu’il n’a pu dire que des choses positives, il n’a pas pu inventer ce qui se trouvait derrière ce qu’il voyait, l’ignoble anéantissement dont on ne lui a laissé voir aucun signe. Il n’a pas su interpréter le mutisme anormal de ces morts-vivants, – qui aurait dû pourtant lui mettre la puce à l’oreille. Il y fut un vivant qui passe… Comment a-t-il pu ne rien percevoir de l’horreur ? N’avait-il pas été informé par ses supérieurs ne fût-ce que des rumeurs sur les atrocités ? Voilà un témoin paradoxal de l’Histoire. Les historiens savent qu’il ne faut pas se fier à une seule source d’information. Interrogé par Claude Lanzmann, l’homme en question, Maurice Rossel, répond, en fumant un cigare, caché parfois derrière un écran de fumée… Alors que le CICR visitait les camps de prisonniers de guerre, il a fallu un an, deux ans pour aller voir deux camps de déportés civils. Il y avait une demi-douzaine de centres d’extermination nazis. Chelmno, Belzec, Sobibor, Maidanek, Treblinka, Auschwitz-Birkenau, le petit camp de Buchenwald et une trentaine de camps de concentration nazis. Les plus hautes instances politiques, Roosevelt, Churchill, prévenus par des témoins oculaires dès les débuts du judéocide, savaient quasi tout. Et l’organisme international de la Croix Rouge aurait tout ignoré ? Lanzmann pour empêcher que son interlocuteur ne sorte ou ne refuse de répondre l’interroge en journaliste qui essaie de comprendre et non en procureur. La Suisse était neutre (ce qui signifie ni l’un ni l’autre). Cet Helvète, qui ne devait donc pas prendre parti, était-il rassuré par le ghetto présenté par les nazis comme « modèle » (selon le mot d’Eichmann) et par ses « Israélites » apparemment riches, bien traités, si impassibles, voire distants, pour ne pas dire dédaigneux, qu’ils suscitaient non l’indignation, mais qu’ils pouvaient même induire un manque d’empathie, une attitude de non-implication, sinon de l’indifférence ? « J’étais chargé d’aller voir ce qu’on me montrait ». Et il n’a été qu’un œil. Un observateur extérieur de l’autre, pas d’un autre lui-même. Les autres sont restés des étrangers. Hors de ses frontières mentales. Il avait commencé douanier. L’impression qui lui est restée est que les gens qu’il y a croisés étaient des « Prominenten », de grands bourgeois, qui avaient pu racheter leur survie, « à coups de dollars », selon son mot. La situation absurde lui paraissait vraisemblable car a peut-être prédominé en lui l’image si courante du Juif et l’argent, qui remonterait à la légende de Judas. Comme si héritier de l’homme de Judée, qui a pu trahir un Dieu pour quelques deniers, le Juif aurait un lien consubstantiel avec le métal précieux. Le Dr de la Croix Rouge aurait-il été aveuglé par le préjugé antisémite millénaire ? L’homme du pays des banques protestantes par excellence se serait-il protégé par le mécanisme de défense psychique de la projection ? Le Juif entre SS et Suisse aurait-il été finalement perçu quelque part de la même façon ? Comment celui qui de son propre aveu avait vu en 1943 des détachements de détenus étiques dont n’étaient « vivants que les yeux », – qui n’ignorait pas le pogrom meurtrier dans toute l’Allemagne de la Nuit de Cristal en 1938, ni la propagande anti-juive immonde depuis 1933, les déportations de civils (femmes, enfants, vieillards, malades : une anomalie criante qui aurait dû alerter un organisme international de santé publique), – comment a-t-il pu penser que les nazis pouvaient traiter avec tant d’égards les Juifs en 1944 ? On lui avait pourtant donné la consigne aussi de « voir au-delà » de ce qu’on lui montrerait. Il a beau prendre des photos, les clichés restent en surface. Et il en veut aux prisonniers qui ne lui parlent pas, qui le « fuient », de ne « pas l’aider », pas le moindre signe, comme s’ils étaient ingrats avec quelqu’un qui serait venu pour les aider eux… Il les qualifie même d’ « antipathiques ». Il ne reçoit pas ces clins d’œil qu’il avait l’habitude de rencontrer avec les prisonniers militaires. Il ne peut pas comprendre que les êtres privés de liberté du camp de transit de Theresienstadt, le Drancy tchèque, étaient terrorisés, bâillonnés par un chantage des plus cruels, paniqués de ne pas être capables de jouer leur « rôle », méfiants de tomber dans un piège, cherchant à préserver leur vie, non pas nécessairement par lâcheté, comme il le laisse entendre, mais souvent pour pouvoir témoigner un jour de l’abomination qu’ils avaient vécue. « L’homme peut descendre très bas », dit-il comme s’il pouvait comprendre cela, mais néanmoins ne pas l’admettre. Ce fils d’ouvrier avait-il eu un sentiment de rejet devant ces notables, à l’instar des Proudhon et autres Fourrier appelant à combattre le capitalisme et conséquemment les financiers juifs, version laïque de la condamnation par l’Eglise du Juif usurier ? M. Rossel, homme de bonne volonté, charge néanmoins le Joint (l’American Jewish Joint Distribution Committee) de ne pas avoir informé le CICR de ce qu’ils savaient. L’un n’a-t-il vraiment rien dit à l’autre ? Et le devoir du CICR n’était-il pas de tout tenter pour connaître par lui-même la vérité ? La philanthropie, l’amour de l’homme, ne s’appliquait-elle pas à ceux que d’autres considéraient comme sous-hommes ? La Convention de Genève n’existait que pour les camps de prisonniers militaires, et non pour les déportés civils. L’Allemagne a joué cette carte de la légalité internationale. Auschwitz était même zone interdite par la SS à la Wehrmacht. Après la guerre 1940-1945, le CICR refuse longtemps d’intégrer pleinement le Magen David Adom en son sein, sous prétexte de la seule petite différence : son icone (l’étoile juive).

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