film

OBCHOD NA KORZE (LA BOUTIQUE SUR LA GRAND-RUE Le miroir aux alouettes)

Titre Original OBCHOD NA KORZE
Titre traduit LA BOUTIQUE SUR LA GRAND-RUE Le miroir aux alouettes
Réalisateur JAN KADAR, ELMAR KLOS
Distribution
Production
Année 1965
Format dvd Attention pas lisible en Belgique
Durée 91′
Langue Czech. Slov. st Ang.
Musique Zdenek Liska
Distinction Mention du Jury au Festival de Cannes, 1965; Oscar du meilleur film étranger, 1965
Interprètes Ida Kaminska, Jozef Kroner, Hana Slivkova, Martin Holly
Résumé La boutique dans la rue ou Le miroir aux alouettes sont les 2 titres français de ce film. 1942, un petit village champêtre de Slovaquie. Antoine, un homme sans histoires et plutôt circonspect devant les élans fascistes de son beau-frère, se voit confier la gérance d’un magasin de mercerie appartenant à une vieille juive. Celle ci, totalement ignorante des motivations intéressées de la situation, le prend, en effet, pour un aide qu’on lui a attribué pour la soulager dans son commerce. Le jour où toute la population yiddish est rassemblée sur la grande place pour être déportée, Antoine devra choisir son camp.
Diffusion
Droit 0
Festival
Genre Fiction / Inconnu
Auteur du Commentaire Agnès Bensimon
Commentaire d’Imaj Point d’orgue de la carrière du tandem Kadar – Klos, Le Miroir aux alouettes est un film phare des années 60, terrible et émouvante évocation de la répression antisémite pendant la Seconde Guerre mondiale. Il fait partie de ces films qui jettent alors un regard nouveau, plus complexe, sur cette époque. Il a permis également de rendre compte au niveau international de l’effervescence créatrice qui avait cours en Tchécoslovaquie durant la décennie 1960. Plus âgés, Ján Kadár et Elmar Klos, jouent le rôle de cinéastes de la transition entre deux générations. Si la forme du film paraît assez classique, sa profondeur s’inscrit peu à peu dans l’esprit du spectateur qui découvre stupéfait ce que cachait ce fameux “Miroir aux alouettes”. Les réalisateurs s’attachent à une syntaxe cinématographique d’une efficacité déroutante. Ainsi, le premier plan du film, qui fait office de générique, donne à voir les clés du drame qui se prépare : une cigogne survole un camp d’enfermement qui passe totalement inaperçu de la rue en liesse. Ce qui questionne le spectateur actuel, c’est ce personnage d’anti-héros auquel on a du mal à s’identifier tant son comportement varie entre lâcheté, avidité du gain facile et pourtant opposé au régime officiel nazi. C’est une manière pertinente de traiter la culpabilité collective : ici la population tchèque et slovaque, ce qui n’empêche pas que d’autres se sentent aussi concernés, l’Oscar en témoignant. Dans un contexte où il n’est pas facile de discerner le faux du vrai, et lorsque la lucidité apparaît, il est déjà trop tard, la catastrophe d’une population honnie du régime au pouvoir prenant le chemin de la déportation et du génocide. Vingt ans après ces événements, les cinéastes sondent le passé, évacuant tout héroïsme et vision manichéenne. La figure du mal ne prend pas les traits du nazi. Presque absent, cet occupant destructeur ne doit sa force de persuasion qu’à travers la collaboration locale née tout autant de la peur que de l’idée d’un confort pris au détriment d’autrui. Aujourd’hui, ce film peut parler à une génération qui n’a pas connu le contexte de la Seconde Guerre mondiale et de l’Occupation. Car il y est question de l’horreur qui se trame sous nos yeux chaque jour, que nous ne voyons pas, aveuglés par le bien-être matériel et la surconsommation – nos « miroirs aux alouettes » contemporains. Autrement dit, ce film interroge a posteriori nos responsabilités quant aux catastrophes humaines sur lesquelles repose notre monde et fait de cette œuvre un témoignage qui traverse les âges.

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