film

MERE DE GUERRE

Titre Original MERE DE GUERRE
Titre traduit
Réalisateur NYSENHOLC
Adolphe
Distribution Paradis distribution – TF1 vidéo Div 526
Production
Année 2007
Format 2 DVD
Durée
Langue Fr.
Musique
Distinction
Interprètes
Résumé Une jeune mère juive, victime de l’Holocauste, vient reprocher à son fils, aujourd’hui trois fois plus âgé qu’elle, l’amour profond qu’il porte à sa marraine, la femme qui l’a caché pendant la guerre. Très tôt orphelin, sans réelle possibilité de faire son deuil, il a donné une sorte de sépulture à sa mère à travers le visage de la femme qui l’a recueilli. L’errance de l’Antigone des camps aurait pu ainsi prendre fin; elle aurait pu y trouver la paix avec elle même. Mais c’était compter sans la jalousie de cette écorchée vive. Loin des stéréotypes, Mère de guerre nous renvoie au jugement de Salomon: entre la marraine qui l’a sauvé et la mère disparue en déportation, le fils est sommé de choisir…
Diffusion
Droit 1
Festival
Genre
Auteur du Commentaire Adolphe Nysenholc
Commentaire d’Imaj Dialogue tendu d’un fils de la Shoah avec ses deux mères, l’une qui lui a donné la vie et morte jeune en déportation et celle qui lui a sauvé la vie, décédée âgée naturellement. Avec qui doit-il partir dans la mort ? Mère de guerre d’Adolphe Nysenholc, captation par Juan Andres d’une mise en scène théâtrale de Jacques Neefs, Production L’Echange, avec l’aide d’IMAJ, 2006, 55’ Le comité de rédaction me demande un commentaire sur ce document audiovisuel témoin, captation d’une pièce de théâtre (Editions Lansman). L’image est belle. On peut rêver d’un remake. La jeune comédienne, maghrébine pratiquante dans la vie, y interprète une vieille femme d’origine chrétienne qui a sauvé durant la guerre un petit enfant juif. Symbole fort d’une musulmane qui sauve un juif. Par ailleurs, la thématique peut rencontrer la situation familiale de beaucoup de jeunes aujourd’hui tiraillés entre deux mères. Le sujet : À travers un fils partagé entre deux fidélités, le sujet traite du génocide de manière originale. L’œuvre dramatique enregistrée montre comment la Shoah, 75 ans plus tard, travaille encore aujourd’hui la conscience d’un ancien enfant qui a dû être caché très jeune, pour ne pas être déporté dans un camp de la mort. Une guerre n’est pas terminée le jour d’un armistice. Plus d’un demi-siècle après la Libération, ce rescapé, en fin de vie, voit ses sauveurs, venir le chercher, pour « vivre » avec eux, cette fois dans l’au-delà. Mais, arrive la mère, naguère assassinée par les nazis. Synopsis De fait, survivant au génocide, ce fils vit toujours avec en lui ses deux mères mortes. L’une, jeune, qui a dû l’abandonner tout petit, avant de disparaître malgré elle dans les camps ; l’autre, qui l’ayant préservé de la déportation, est décédée naturellement très âgée. Et le voilà à son heure dernière, avec elles de retour, à son chevet, en revenantes. Chacune, revendiquant d’être la vraie mère, veut l’emmener avec elle. Le fils est sommé de choisir entre la mère qui lui a donné la vie et celle qui lui a sauvé la vie, au risque de sa propre vie à elle. Avec qui doit-il partir dans la mort ? C’est un jugement de Salomon moderne, sans roi, où l’enfant lui-même, qui n’est plus un enfant, doit trancher. Thèmes Derrière son sourire de résilient, le fils demeure travaillé par un profond sentiment d’abandon, qui génère une haine injuste, dont il se sent coupable, alors que la mère menacée a eu le courage de le confier à des inconnus pour le sauver. Mais trop petit pour le comprendre, il a dû vivre avec sa colère rentrée. Le mari de la vieille femme était dans la vie préposé aux enterrements. Et il prétend qu’il peut ramener les morts à la vie pour un jour. C’est donc lui qui met le fils en rapport avec ses « mères ». Il est un passeur d’âmes, une sorte de réincarnation de Charon ou d’Hermès. Il donne une dimension mythique au drame. Mais réussira t-il à convaincre le fils, son pupille, à le suivre ? Si celui-ci refusait d’aller avec ses Justes, il ferait preuve d’une grande ingratitude. Mais il ne peut pas non plus laisser repartir seule sa mère dans le néant de l’Holocauste. Pourra-t-il résoudre ce dilemme qui le déchire ? Actualité De nos jours, dans la paix, avec les nouvelles familles, beaucoup d’enfants sont déchirés entre deux mères ou deux pères vivants. Dans la pièce, vu que la situation est extrême, le choix est on ne peut plus cornélien. La séparation avec les parents est d’autant plus traumatique qu’elle est due à la « solution finale » où ils ont disparu. Il n’est pas question directement de camps d’extermination, mais de leur résonance aujourd’hui dans la conscience d’un vieil orphelin de guerre, pour qui l’attente des disparus n’est toujours pas terminée. Tout se passe dans son imagination. Ainsi, on voit avec lui que, frondeuse, une jeune juive morte vient reprocher à son fils d’aimer la vieille marraine, qui l’a caché. On n’est pas dans le stéréotype de la commémoration. Cette jeune fille qui crève de jalousie, écorchée vive, est plus vivante que son fils survivant, déprimé, devenu trois fois plus âgé qu’elle. Par sa dispute injuste, elle met, de fait, en valeur la dignité des sauveurs, qui continuent de faire front sans trop broncher à une nouvelle « guerre », et, par sa rage, elle fait comprendre (indirectement aux jeunes d’aujourd’hui), hors de toute langue de bois, sa frustration d’avoir tout perdu. 2020 a célébré les 75 ans de la Libération des camps nazis. Après les commémorations, commence le travail de mémoire. La pièce évoque ainsi la question du « crime contre l’humanité. » Un génocide, meurtre d’un peuple, se caractérise par le massacre des enfants et des femmes, pour tuer un peuple dans l’œuf. Enfin, le texte rappelle en creux que l’Europe s’est fondée pour que “plus jamais ça”, c’est-à-dire pour éviter que sur son continent ne se perpètre plus jamais cette barbarie. Mais pour ne pas tomber dans une commémoration compassée de type quasi religieux, ce qui est le rôle des cérémonies officielles, il a fallu créer des êtres réels, pris dans leurs contradictions et réagissant selon la vérité de leurs émotions. Et chacun des personnages a quelque chose à cacher à l’autre. La vieille “mère” qui a sauvé l’enfant n’avoue pas pourquoi elle n’a pas eu d’enfant elle-même ; et la mère biologique qui a été contrainte d’abandonner son enfant pour le préserver de l’extermination a peut-être eu cet enfant, non désiré… L’opacité par laquelle elles préservent une part de leur intimité qu’elles vivent comme une honte les rend plus humaines, voire cruelles l’une pour l’autre, et évite de rendre leur antagonisme manichéen et simpliste. Résistants La pièce met en vedette des résistants anonymes qui ont choisi de cacher un enfant au péril de leur vie. Ils ont tendu la main. Mais ils ont en eux une zone d’ombre, on ne sait pas pourquoi ils n’ont jamais engendré eux-mêmes d’enfants. N’empêche, ces parents « adoptifs » ne cessent de considérer le fils comme leur enfant à part entière. Mais à l’heure de la confrontation avec la vraie mère, ils ont du mal à admettre qu’il serait mieux avec cette femme martyrisée … Quant au fils il a bien sûr plus que tout besoin de voir celle qui lui a donné la vie, mais il ne peut pas rejeter ses parents de substitution, pour elle. C’est le dilemme cornélien. La pièce rend hommage à ces vieux, dits « justes », mais non pas sur le mode d’une célébration lénifiante. On voit les personnages vivre la question du sauvetage à travers le conflit des passions. Car comment faire la mère de remplacement en attendant le retour de celle qui l’est naturellement sans essuyer le reproche d’avoir voulu prendre sa place, comment être une femme qui aime l’enfant d’une autre avec la crainte que l’on pourrait vous dire que vous avez peut-être souhaité quelque part le non-retour. Et comment être une jeune mère injustement morte trop tôt sans être jalouse de celle qui a pu vivre toute une vie avec votre enfant. Outre les deux mères et le fils, il y a le vieil homme, le père dit adoptif, et qui dans l’au-delà continue à fonctionner comme auparavant, quand, maître de cérémonie aux pompes funèbres, il accompagnait les défunts à leur dernière demeure. A présent, il fait l’inverse, il peut reconduire pour une fois les trépassés aux vivants, ce qui permet ces improbables retrouvailles du fils. Les allées et venues du vieil homme, entre la vie et la mort, rythment la pièce. Avec lui, la narration est conduite comme un cérémonial. Par son côté d’inquiétante étrangeté, ce personnage qui traverse le seuil interdit en psychopompe contribue à donner à l’ensemble une aura poétique. Mais cet hommage à des Justes ne met pas en scène des saints. Ils sont appelés marâtre et parâtre, certes on voudrait croire que c’est selon le sens premier de deuxièmes mère et père. Car on voit qu’ils adorent l’enfant. Seulement, la connotation péjorative de ces titres empêche de les béatifier, et qu’ils soient désincarnés. En tout cas, ces héros semblent cacher leur souffrance de n’avoir pas réussi à mettre au monde un enfant. Leur motivation un peu trouble d’en garder un qui n’était pas à eux les rend ainsi d’autant plus vrais, dense d’un secret de famille. Mais un parrain sauve la vie ; or, ici il revient pour emmener le fils dans la mort : il est un parâtre. Les âmes mortes sans sépulture étaient chez les Grecs condamnées à errer éternellement. Dans la tradition démonologique juive, les âmes en déshérence, appelées « dibbouk », venaient s’incarner dans les vivants qu’elles tourmentaient. Et au cœur de Mère de guerre, c’est, d’une certaine façon, le cas de la jeune mère morte en déportation et qui, révoltée à la façon d’une Antigone, cherche, comme une âme maudite, le repos en son fils survivant. Le film de sa dernière heure montre in extremis le parcours en raccourci d’un fils qui a mis toute une vie pour combler son manque. Style La forme de l’œuvre est une épure au niveau de la construction qui est rigoureuse comme un quatuor, avec des confrontations entre les protagonistes deux à deux ; et sur le plan de l’écriture, avec des répliques-formules « tracées au laser ». Le donné réel a été transposé en un poème dramatique. La mère, morte jeune, est restée bloquée dans l’année de sa disparition. Elle « revient » comme une jeune fille. Voir que c’est une collégienne quasi qui a connu le sort affreux de l’extermination entraîne une identification des jeunes et une meilleure compréhension par eux des horreurs du fascisme. En donnant un visage à sa mère, le fils lui donne sa sépulture. Le film est introduit par le huitième quatuor de Chostakovitch dédié « à la mémoire des victimes de la guerre et du fascisme ». Les quatre comédiens prennent le relais des musiciens à travers une étrange chorégraphie qui fait penser à la danse de mort dans le film Le Dibbouk (de Michael Waszynski). Le vieux et la vieille y portent un masque. Leurs corps évoluent par soubresauts comme des âmes meurtries. Quant à la jeune mère furieuse du sort qu’on lui a fait, elle surgit comme une Antigone des camps. Et le fils, trois fois plus âgé que sa mère, est demeuré intérieurement à l’âge de l’abandon de naguère. Sa naïveté le rend ahuri, voire un peu un drôle, mais touchant. L’ironie du texte déjoue le Pathsos. Le style est fait de phrases courtes, incisives, qui conviennent à un dialogue de film. Mère de guerre engage au débat.

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