film

ELSER (Elser, un héros ordinaire)

Titre Original ELSER
Titre traduit Elser, un héros ordinaire
Réalisateur HIRSCHBIEGEL
Olivier
Distribution Sophie Dulac Distribution
Production Lucky Bird Pictures
Année 2014
Format DVD
Durée 113′
Langue All. st Fr.
Musique David Holmes
Distinction
Interprètes Christian Friedel, Burghart Klaußner, Katharina Schüttler, David Zimmerschier, Johann von Bülow, Felix Eitner
Résumé Allemagne, 8 Novembre 1939. Adolf Hitler prononce une allocution devant les dirigeants du parti nazi dans la brasserie Bürgerbräu à Munich. Une bombe explose, mais Hitler ainsi que Joseph Goebbels, Heinrich Himmler, Martin Bormann et d’autres ont quitté les lieux quelques minutes plus tôt. L’attentat est un échec. Rattrapé à la frontière suisse alors qu’il tentait de s’enfuir, Georg Elser est arrêté puis transféré à Munich pour être interrogé. Pour les Nazis, il s’agit d’un complot et on le soupçonne d’être un pion entre les mains d’une puissance étrangère. Rien ne prédestinait Georg Elser, modeste menuisier, à commettre cet acte insensé ; mais son indignation face à la brutalité croissante du régime aura réveillé en lui un héros ordinaire….
Diffusion
Droit 0
Festival Berlin 2015
Genre
Auteur du Commentaire Jack P. Mener
Commentaire d’Imaj Un ouvrier allemand indigné par la cruauté des nazis attaque seul en 1939 Hitler. Son attentat manque sa cible de quelques minutes. Arrêté, cet homme qui aurait sauvé l’humanité connaîtra un calvaire. Munich, 8 novembre 1939. Hitler échappe de peu à un nouvel attentat. Elser, c’est l’histoire extraordinaire d’un héros, tout sauf ordinaire. On est saisi de vertige rien qu’à l’idée qu’un homme à lui seul faillit changer le cours de l’Histoire et éviter les 60 millions de morts de la Seconde Guerre mondiale. Son nom, Georg Elser, un nom plutôt facile à retenir mais qu’on a pourtant failli oublier. Oliver Hirschbiegel, le réalisateur allemand de La Chute (Die Untergang, 2004) , avec ce nouveau docu-fiction sorti en 2015, l’a heureusement mis au panthéon de nos mémoires. Dès le générique d’Elser, il nous plonge directement dans l’action, où dans le noir nous assistons, au plus près à la lueur d’une torche électrique, à la laborieuse mise en place de la bombe qui devra éliminer le Führer Adolf Hitler et les plus hauts dignitaires du Troisième Reich. Georg Elser, au visage presque poupin (incarné de façon convaincante et touchante par l’acteur Christian Friedel) prépare, à genoux des nuits durant, cet attentat d’une telle audace. Arrêté par la Gestapo, subissant toutes les tortures, il résiste jusqu’à ce qu’on le menace d’exécuter la femme qu’il aime. Il avouera alors qu’il avait agi seul. On ne voulut pas le croire. Interné à Dachau durant des années, il finit par être assassiné d’une balle dans la nuque, le 9 avril 1945. Oliver Hirschbiegel a connu un succès aussi colossal qu’inattendu avec son troisième long métrage, « La Chute », vu par cinq millions de spectateurs rien qu’en Allemagne. Un film consacré aux 12 derniers jours de la vie d’Adolf Hitler et de son proche entourage, abrités dans son bunker à Berlin où il se suicidera et entrainera avec lui la chute du régime nazi. Une œuvre marquée par l’interprétation hautement réaliste du Führer par l’admirable acteur suisse Bruno Ganz (décédé le 16 février 2019) et qui a suscité de nombreuses controverses à travers le monde sur l’opportunité de représenter Hitler dans son quotidien de façon aussi « intime ». Raison majeure pour laquelle, je confesse m’être personnellement refusé de passer 2h30’ de projection face à l’image d’Adolf Hitler et à une interprétation aussi réaliste de ce dictateur qui a planifié l’anéantissement du peuple juif auquel mon sort d’enfant caché m’a permis de miraculeusement échapper. Si je n’ai donc volontairement pas vu « La Chute », en dépit de ses indéniables qualités qui l’ont notamment fait nommer à l’Oscar du Meilleur Film étranger en 2005, j’ai en revanche accepté de voir et de commenter largement ici « ELSER », son huitième long métrage, tant pour l’importance historique et édifiante de son sujet que pour la réputation cinématographique de son réalisateur. Olivier Hirschbiegel est en effet un cinéaste expérimenté qui, après des études de peinture et de graphisme à l’Académie des Arts de Hambourg, a fait ses classes de réalisation et de scénariste à la télévision allemande dans plusieurs téléfilms de célèbres séries policières. Comme la plus ancienne, « Tatort » (diffusée en France comme en Belgique sous le titre « Sur le lieu du crime ») qui depuis 1970 totalise à ce jour plus de 1000 épisodes conçus par plus de 150 réalisateurs différents parmi lesquels le célèbre réalisateur américain Samuel Fuller (en 1971) ou le cinéaste allemand Wolfgang Petersen (connu au grand écran pour « Das Boot » tourné en 1981 – et « Poseidon » en 2006 ). Mais on lui doit aussi des épisodes de la très populaire série austro-italienne « Rex, chien flic », série européenne la plus vendue dans le monde. C’est dire si cet « écolage » a forgé le métier de Olivier Hirschbiegel, déjà très évident dans « La Chute » et d’une indéniable efficacité dans « ELSER », le film que nous analysons ici. Incidemment, il n’est pas inutile de préciser qu’entre ces deux films à grande mise en scène, Hirschbiegel a tourné en 2005 « Un Juif très ordinaire » (Ein ganz gewönlicher Jude), un film intimiste sous forme d’un monologue brillamment adapté du roman de Charles Lewinsky et dans une interprétation remarquée de Ben Becker où un journaliste juif est invité par le directeur d’une communauté juive en Allemagne pour témoigner devant ses élèves de sa vie en tant que Juif dans l’Allemagne d’après la Shoah . Pour en revenir à « ELSER », dès le générique, nous sommes plongés en pleine action et dans le noir où nous assistons, au plus près à la lueur d’une torche électrique, à la laborieuse mise en place de la bombe qui devra éliminer le Führer Adolf Hitler et les plus hauts dignitaires du Troisième Reich. Mais qui est donc ce Georg Elser, au visage presque poupin (incarné de façon convaincante et touchante par l’acteur Christian Friedel) qui prépare, à genoux des nuits durant, cet attentat d’une telle audace? Un jeune Allemand ordinaire Pour l’évoquer, Olivier Hirschbiegel et ses scénaristes Fred et Léonie-Claire Breinersdorfer, vont nous entraîner dans son incroyable parcours, avec des aller-retour biographiques parfois un peu difficiles à démêler mais toujours captivants. Ils ont choisi de nous narrer cette aventure hors du commun sous la forme d’un long flash-back en zig-zag, à partir du fameux soir de l’attentat du 8 novembre 1939 dans la vaste salle de la brasserie « Bürgerbräukeller » à Munich où Hitler commémorait comme chaque année en grande pompe son putsch raté de 1923. La mise en scène spectaculaire de cette assemblée, comme de coutume dans les apparitions publiques du Führer, est impressionnante : rangées en éventail et tirées au cordeau des officiers nazis au garde-à-vous et le bras tendu dans un fracas de « Heil Hitler ! » et de bottes à l’entrée d’Hitler, bannières géantes arborant la croix gammée, sa montée à la tribune devant 3 à 4.000 partisans, premières phrases de son discours à la gloire de ses débuts à la conquête du pouvoir, diffusé à la radio dans toute l‘Allemagne. Tout est parfaitement millimétré. Même l’imprévu. Une estafette vient en effet lui glisser sous les yeux un billet griffonné: « Brouillard ! L’avion pour le retour à Berlin ne peut décoller. » Qu’à cela ne tienne. Hitler rabote son discours d’une quarantaine de minutes et part plus tôt pour prendre un train où on a rajouté des wagons pour lui et son entourage. Cet imprévisible grain de sable dans la mécanique élaborée par Georg Elser va faire échouer le plan d’explosion qu’il a si minutieusement mis en place pour éliminer le dictateur. Sûr du résultat pourtant, il est déjà au lac de Constance à Lörrach à la frontière suisse où il consulte nerveusement sa montre gousset dans l’attente de la minute fatidique sur laquelle il a réglé la gigantesque déflagration. Son comportement éveille les soupçons du douanier. Il est mené à l’interrogatoire et on découvre sur lui, entre autres, un croquis de sa machinerie et une carte postale de la brasserie Bürgerbräukeller. La Gestapo est aussitôt prévenue et Elser apprend que l’explosion a entrainé la mort de huit personnes et une soixantaine de blessés mais que Hitler et son entourage proche, partis plus tôt que prévu, y ont échappé de peu. À 13 minutes près. Fin de son rêve de sauver l’Allemagne et l’humanité. Début de son long calvaire. Un début brutal mais où Elser va révéler la vraie force qui l’anime, précisément sans rien révéler à ses bourreaux sous la plus longue et la plus cruelle des tortures. Il est entre les mains de deux dignitaires nazis chargés, sur l’ordre d’Adolf Hitler aussitôt informé, de lui arracher des aveux et toute la vérité. Tout d’abord, le chef de la police criminelle, Arthur Nebe, ici incarné par l’imposant Burghart Klaussner (vu dans plus de 50 films dont « Le Ruban blanc » en 2009 de Hans Haneke et « Fritz Bauer » en 2015 de Lars Kraume), officier inflexible mais qui a son code d’honneur. Et à ses côtés, le SS-Gruppenführer Heinrich Müller, surnommé « Gestapo Müller », aussi cruel qu’impitoyable (joué par Johann von Bülow). Hirschbiegel est un metteur en scène qui possède son métier jusqu’au bout des doigts et qui, mieux encore, connait l’art d’aller juste trop loin. Certes, il ne nous épargne pas les scènes de torture si utiles pour garantir la bonne dose d’émotion et de suspense mais il nous les dose juste assez fort pour ne pas nous faire décrocher et garder notre empathie pour le personnage d’Elser. Les deux chefs tortionnaires vont ainsi souffler le chaud et le froid sur leur prisonnier. À la première question de Müller « Namen ? Geburtsdatum ? » (Nom ? Date de naissance ?) Elser répond par le défi d’un silence obstiné, malgré les coups et les premières tortures. Pire, il se contente, pour se donner du courage, de muser une chanson… C’est ici que le talent du réalisateur chevronné qu’est Oliver Hirschbiegel, nous fait glisser par un fondu sonore dans l’image du passé du jeune Elser jouant à l’accordéon cette même chanson pour un groupe de copains, au bord du lac de Constance par une belle journée de soleil. C’est le début d’une longue séquence qui va nous révéler la vie presque insouciante de ce jeune Allemand provincial, amateur de jolies filles, menuisier de milieu modeste et qui fréquente sans trop de conviction le groupe de choc « Roter Frontkämpferbund » du Parti communiste d’Allemagne (KPD). Un jeune Allemand ordinaire. Mais qu’est-ce donc qui va pousser un citoyen lambda comme lui, sans vraie formation politique à se lancer tout seul dans l’organisation d’un attentat à haut risque et aussi complexe contre la personne et l’entourage du dictateur le plus puissant d’Europe de l’époque ? Le hasard et la nécessité Elser, né en 1903, fils d’agriculteurs du Wurtemberg, après une formation de tourneur métallurgique et de menuiserie, avait travaillé de 1925 à 1929 chez un fabricant d’horloges à Constance. Une formation due au hasard mais qui allait lui être fort précieuse pour réaliser son attentat dix ans plus tard. Tout comme son travail à partir de 1936 dans une usine d’armatures métalliques, allait lui faire découvrir l’énorme effort industriel entrepris par le régime nazi pour suréquiper l’Allemagne en armements militaires. Il prend alors conscience du sang qui va être versé en Europe et de la nécessité d’intervenir pour empêcher ce carnage. L’invasion de la Pologne en septembre 1939 va l’inciter à passer à l’action. Hitler avait fait l’objet d’un projet d’attentat manqué au pistolet en octobre 1938 par le Suisse Michel Bavaud. Elser décide lui d’un plan qu’il veut infaillible et qui décimera la totalité du haut commandement nazi. Il choisit pour ce faire, le lieu et le jour où Hitler réunit tout son aréopage : la fameuse brasserie munichoise Bürgerbräukeller où chaque 8 novembre Hitler commémore sa tentative de putsch en 1923. Elser ne laisse rien au hasard. Il repère la colonne où est placée chaque année la tribune d’où le Führer s’adresse au gratin du parti nazi dans un discours diffusé à la radio. Des mois à l’avance, il se fait embaucher dans une carrière où il dérobera petit à petit des bâtons de dynamite. Il déménage à Munich dans un atelier où avec ses connaissances acquises en horlogerie, il confectionne avec patience un double mécanisme d’horlogerie destiné à déclencher à retardement la mise à feu des explosifs. Pendant deux mois, sous le couvert d’un repas pris chaque soir à la brasserie, il se faufile à l’étage et, nuit après nuit, creuse laborieusement dans la colonne qui surplombe la tribune, une large cavité pour y loger son mécanisme et les explosifs, le tout dissimulé par un panneau renforcé amovible. Travail de fourmi où il s’érafle douloureusement les mains et les genoux, stigmates qui contribueront à l’identifier quand il sera arrêté par la Gestapo. Enfin, il teste avec succès son mécanisme d’explosion sur un arbre en pleine campagne. Longs et complexes préparatifs que Hirschbiegel nous dévoile habilement dans son film par bribes et morceaux au fil de l’action, dans les scènes de flash-back sur la jeunesse d’Elser et au cours des séances d’interrogatoires. Hélas, toutes les précautions d’Elser et ses minutieux préparatifs ont capoté par le plus grand et imprévisible des hasards : le brouillard qui, au soir fatidique, fit partir Hitler et sa suite, plus tôt que prévu. De héros historique potentiel, le jeune idéaliste pacifiste est devenu, pour quelques minutes de moins, la victime anonyme des bourreaux nazis à la solde du Führer. Mais comment Elser, malgré sa force de caractère, en arriva-t-il à leur avouer son « crime » ? L’amour qui tue, l’amour qui sauve Dans le déroulé de son scénario en accordéon, Hirschbiegel entrelarde les scènes d’action rondement menées et les péripéties de l’enquête de la Gestapo lancée à la cravache, d’épisodes touchants sur l’histoire d’amour qui fut le salut et la perte de Georg Elser. Une reconnaissance tardive bien injuste que n’ont pas connue des résistants moins ou plus célèbres, comme Jean Moulin ou le jeune lycéen communiste Guy Môquet dont la dernière lettre est lue dans les classes comme symbole du courage des martyrs français de la Seconde Guerre mondiale. Le handicap de Georg Elser est sans doute d’avoir été un résistant Allemand en Allemagne mais surtout d’avoir agi seul, sans le soutien d’aucun réseau. L’autre injustice, est que son épopée filmée par Oliver Hirschbiegel et que l’on peut voir sur DVD, bien que réalisée avec talent et de grands moyens de production comme le fut « La Chute » du même réalisateur, est loin d’avoir connu le même succès de public. Elser battu par Hitler, même au box-office. Sartre écrivait déjà dans « Le Mur » qu’on se souvient du nom d’Erostrate, l’incendiaire qui détruisit le temple d’Ephèse, une des sept merveilles du monde, mais pas du nom de l’architecte qui l’a construit. Il ne tient qu’à nous de réparer cette injustice qui pèse sur la mémoire de Georg Elser. Oliver Hirschbiegel lui a redonné vie par le cinéma. À nous de lui rendre hommage en racontant autour de nous son exploit qui a failli sauver le monde. À 13 minutes près.

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